Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

Enseigner l’impro, un peu au bol

Posted by Yvan_R sur 8 avril 2008

Ce qui peut être enseigné ne vaut pas la peine d’être appris (proverbe chinois)
What can be taught isn’t worth learning (Chinese saying)

[eng]

Keith Johnstone explained he wasn’t so sure about how to teach improv efficiently. Finpoil thinks this comes from the complex nature of the art itself, rather than a lack of expertise from the teacher. This is why an improviser should have an opinion on improv’s theories.

[fra]

Lors d’une conférence le 6 octobre à Paris, Keith Johnstone proposait de conclure son intervention avec une dernière question. Un jeune fan s’est levé respectueusement, et lui a demandé avec humilité :

– Monsieur Johnstone, vous avez écrit deux bouquins, vous avez géré une compagnie d’impro pendant de nombreuses années, vous avez inventé une demi-douzaine de concepts ; comment faites-vous pour ne pas être lassé de l’impro ?
– Eh bien, c’est tout simple : après toutes ces années, force est de constater que je ne sais toujours pas comment enseigner l’impro. Si j’avais découvert une méthode, alors je m’en serais lassé.

Le Maestro se retirait donc sur une pirouette magistrale, relevant le caractère impossible d’une didactique de l’improvisation. Après huit ans d’enseignement avec différents groupes (adultes, adolescents, enfants), je commence à croire qu’il avait malheureusement raison : l’impro ne s’enseigne pas. Mais ce n’est pas une raison pour s’acheter une corde et un tabouret ; il y a bien quelque chose à faire.

Aaahh, si c\'était si simple
D’abord, la plupart des troupes d’impro s’entraînent, c’est un fait. Nous travaillons tous avec plus ou moins de succès, tournant sur une banque d’exercices qui dépend de notre bagage d’animateur, en tentant d’explorer des zones et des règles établies. Mais combien de joueurs parmi nous qui stagnent ? Arrivés à un certain point, on tourne en boucle sur trois ou quatre personnages, sur des tics narratifs prémâchés, la faute à une réflexion lacunaire sur la philosophie de l’impro : la crise de l’improvisateur, c’est qu’il lui manque un syllabus, des paliers de progression.

Gravel et Diggles (voir bibliographie) ont peut-être été les seuls jusqu’ici à proposer une logique de l’enseignement de l’impro : Gravel partait du principe qu’il fallait déjà maîtriser une improvisation solo avant de se lancer dans une construction de scène avec un partenaire. Diggles procède plutôt par thématiques, reprenant pour la plupart des concepts de Johnstone pour les organiser par difficulté croissante. Enfin, certains manuels (Tournier, Lynn), proposent une progression par « règles » … avec les risques dogmatiques que cela comporte.

Le problème avec la technique de l’improvisation théâtrale, c’est que les bons mécanismes sont encore relativement mal compris, ou alors sont trop complexes pour être hiérarchisés et enseignés par des exercices : l’élève est mis devant l’énorme défi de relier par lui-même les bribes de sagesse contenus dans une pelote embrouillées d’exercices hétéroclites. Dans le meilleur des cas, l’élève-improvisateur peut alors réfléchir tout seul sur sa pratique, pour peaufiner sa formation de manière autonome. À cet effet, il lui faut des outils d’analyse et de compréhension.

C’est aussi un peu à ça que va servir ce blog : organiser le savoir complexe sur l’impro, de manière à pouvoir renouveler la didactique (exercices, réflexions) du théâtre d’improvisation. En décortiquant les théories de l’impro, nous pourrons peut-être commencer à voir comment organiser un enseignement efficace, pragmatique et écologique.

Alors oui, j’en suis convaincu : l’improvisation ne s’enseigne pas, mais elle s’apprend.

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3 Réponses to “Enseigner l’impro, un peu au bol”

  1. The girl said

    Finpoil, ce soir j’ai assisté à un cours à « The Annoyance », et le prof, un improvisateur de longue date, a dit exactement ça: « I’m not here to teach you improvisation, you’re here to learn how to be a better improviser ». Ce qui m’a fait penser à ton article!

  2. Eric said

    Eh ben, franchement, ça me rassure ce qu’a dit Keith parce que ça fait 4 ans que je donne des cours et je n’arrive toujours pas à savoir pourquoi les mêmes exercices ont été des succès avec un groupe et une catastrophe avec un autre groupe. Pourtant, j’ai appliqué les mêmes approches. Par contre, j’ai remarqué une chose, c’est que je donne de meilleurs cours quand je suis en mode improvisation. Je pense qu’un prof doit rester souple et en écoute de ses élèves. Si un exercice ne fonctionne pas, soit on l’adapte très vite, soit on passe à un autre exercice. Le prof a lui aussi droit de se tromper, tout comme l’élève, tout comme n’importe quel improvisateur.
    J’en reviens à Viola Spolin (Improvisation for the Theater) qui explique que le professeur ne doit pas expliquer comme réussir un exercice mais que c’est à l’élève de trouver lui-même son propre enseignement (ce qui rejoint le précédent commentaire). Je vous conseille donc de lire son livre. Malheureusement, c’est en anglais alors il faut s’accrocher.

  3. finpoil said

    Merci pour ton commentaire, Éric.
    Pour aller dans ton sens, Johnstone est aussi connu pour refuser de planifier ses cours (« No Syllabus », préconise-t-il). Après quatre ans d’enseignement, il est vrai que tu dois avoir un bagage suffisant d’exercices, qui te permettent de rebondir directement sur les besoins du groupe (et d’être ainsi plus efficace).
    Personnellement, j’ai l’habitude de préparer la première demi-heure de cours et de me laisser intriguer par les choses ensuite. Avec certains groupes, je considère même parfois que c’est le groupe qui doit chercher une solution ensemble à un problème donné. Les élèves ne viennent pas en tant que « consommateurs », mais avec l’idée que le groupe entier doit s’inscrire dans une dynamique de recherche pour progresser.

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