Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

Impro gag ou récit… Il faut choisir

Posted by Cid sur 20 octobre 2008

[eng]

In improvisation, we can make the distinction between two kinds of improv: narrative improv and gag improv. Both can be really good and really funny, but not for the same reason. Their mecanisms differ radically, so we have to make a choice!

[fra]

Selon Dan Diggles (Improv for actors), il y a deux sortes d’improvisation: l’improvisation–récit (narrative improv), et l’improvisation-gag (gag improv).

L’une et l’autre peuvent produire de très bonnes improvisations, seulement elles se fondent sur des mécanismes radicalement différents, ce qui fait qu’il est difficile de les faire fonctionner de pair.

– L’impro-gag s’appuie sur une relation exclusive entre le comédien et le public, sur la capacité de celui-ci à avoir du succès ou faire des bides. Les critères d’un  bon improvisateur-gagueur sont l’intelligence, la finesse d’esprit, la capacité à faire des blagues, des mots d’esprit, des jeux de mots, des calembours (bref tout ce qui produit un effet comique, indépendamment d’une histoire ou d’une situation). L’impro-gag est difficile en ce sens que le public en demande toujours davantage, et qu’à se lancer dans ce genre d’improvisation, il faut être en mesure de fournir ce qu’il faut. En effet, tout le monde n’est pas capable de faire une bonne blague, encore moins d’en faire plusieurs. Et pourtant, les mots d’esprit ne doivent pas manquer, car une fois la blague faite ou le jeu de mots énoncé, se produit un phénomène « d’appel d’air », où les rires s’arrêtent dans l’attente de la prochaine blague.

C’est dans ce genre d’improvisation qu’on assiste à un concours de virtuosité des comédiens. C’est un bel espace pour impressionner le public, créer avec lui une relation affective.

– L’impro-récit, dont l’objectif est de raconter une histoire, a un mécanisme tout autre. Elle se fonde sur la capacité des joueurs à entrer en connexion entre eux, par le biais de leur inconscient (et non plus leur intelligence), pour former un inconscient collectif. Ceci, selon Dan Diggles, passe par le respect de trois principes (à ne pas respecter non plus de manière absolue, cf. l’article de Nabla : « Mes pauvres cadavres »):

  • Dire « Oui et… » à toutes les propositions faites par nos partenaires de jeu.
  • Dire la première chose qui nous vient à l’esprit.
  • Valoriser nos partenaires de jeu.

Ces principes contribuent à pousser les comédiens à libérer leur inconscient, et faciliter la connexion. Si celle-ci se produit, il s’ensuit une dynamique assez incroyable, où les joueurs et le public sont emportés dans le fil d’une histoire que personne ne maîtrise consciemment. On a d’ailleurs tous eu le sentiment, dans les improvisations dont nous gardons le meilleur souvenir, d’être dans un « trou noir » , en totale symbiose avec nos partenaires de jeu, de ne plus s’appartenir réellement.

L’effet comique naît de l’exploitation de la situation que propose l’histoire. Le public s’attache alors plus à l’histoire et aux personnages, qu’aux comédiens eux mêmes.

La question est : peut-on cumuler les deux mécanismes: le gag et le récit ? Malheureusement pas…Car leurs fonctionnements sont antagonistes. Au mieux, on pourra les faire fonctionner alternativement, tout en sachant qu’ils jouent l’un contre l’autre.

Et ce pour plusieurs raisons:

  1. On ne peut être à la fois dans la connexion inconsciente avec ses partenaires de jeu et dans une relation consciente et exclusive avec le public.
  2. Il est plus difficile de poursuivre la construction d’une histoire après une blague. Le phénomène d’ « appel d’air » perturbe la dynamique, et s’il y a trop d’appel d’air, la dynamique ne peut se lancer. On a alors vite fait de s’abandonner à la succession de blagues.
  3. Enfin, ces deux mécanismes induisent des natures de rires public différents.
    – Dans une impro-gag, les rires se produisent à l’issue d’une blague. Donc une fois éteints, il faut les rallumer avec une autre blague. Ce qui produit des rires, qui peuvent être intenses certes, mais limités en durée. Il faut donc alimenter régulièrement avec d’autres traits d’humour. Autant dire que ce genre d’exercice est épuisant sur des formats longs (Harold, Deus ex Machina, etc…).
    – Dans une impro-récit, les rires (si rire il y a , une impro récit n’a pas l’obligation d’être drôle) seront beaucoup plus progressifs, mais si la connexion se fait, le public comme les comédiens sont pris dans cette spirale qui emporte tout, et les rires s’amplifieront au fur et à mesure, jusqu’à la fin (il en va de même des autres émotions).

Je souhaiterais citer un fait qui s’est déroulé il y a un an environ, pour illustrer cette incompatibilité.

Lors d’un combat de catchimpro, deux équipes s’affrontent, appelons les: équipe A et équipe B. Les joueurs de l’équipe A partent dans une cascade de jeux de mots et de calembours très impressionnante. Rien à voir avec des blagues salaces ou scatophiles, on était dans le bon goût et la haute voltige. Les joueurs de l’équipe B tentent de construire et d’entrer en connexion. Rien n’y fait, toute tentative de construction est soumise à l’appel d’air d’un jeu de mot. L’équipe A impressionne, gagne, mais la rencontre ne se fait pas, tout simplement parce que les deux équipes ne sont pas dans la même mécanique.

Alors que choisir ?

Si vous avez un certain talent pour la blague et le calembour,  et que vos partenaires de jeu ont la même prédilection pour ce genre d’exercice, faites vous plaisir, allez y !

Par contre, si tel n’est pas le cas, choisissez la connexion, et si l’envie vous démange de faire un petit calembour, ayez conscience que vous perturbez la dynamique…

NB: Deux billets très intéressants sur ce sujet ont été édités sur le blog de Ian et le blog de finpoil… Je vous laisse y faire un tour…

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2 Réponses to “Impro gag ou récit… Il faut choisir”

  1. […] par Benjamin sur 19 décembre 2008 Cette article de Cid (sur le blog multi-auteurs Le Caucus), bien inspiré par Dan Diggles vous éclairera sur les 2 […]

  2. Cid said

    Merci pour la référence, mais effectivement tous les droits d’auteur reviennent à Diggles. Mon article n’est que le fruit d’une digestion passionnée de son livre…

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