Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

L’influence américaine

Posted by bullecarree sur 5 janvier 2009

[eng]

Stay curious, make your own experience, enjoy the world like a child.

[fra]

drapeau américain

Une élève de mon groupe vient de me faire réaliser à quel point nous sommes influencé par les émissions américaines. Cette élève est avocate et sait comment se passe une séance au tribunal en France. Or nous venions de faire une improvisation avec un avocat de la défense qui s’exclamait « objection, votre honneur… ». Et bien en France, ça ne se passe pas du tout comme ça. Il n’y a pas d’objection, il n’y a pas de juge qui tape avec un marteau. C’est totalement différent et il faudrait que j’aille à des séances publiques pour savoir.

Quel choc, quand même ! Si cette impro était jouée pendant un match, un arbitre zélé aurait pu siffler une confusion (à moins que toute l’histoire se passe aux Etats Unis mais j’en doute). Bref, je crois qu’on regarde un peu trop la télé (très américanisée). D’ailleurs, hier, je regardais une émission à la télé avec Elie Seimoun qui racontait que pour écrire ses sketchs, il allait dans les cafés. Pour lui, c’est le meilleur endroit pour observer les gens et de s’en inspirer pour construire des personnages.

Et ben, ça m’a donné envie d’aller au café et d’aller à des séances publiques.

Car la force d’un improvisateur est sa capacité d’écoute, et quand je dis écoute, je dis écoute active, c’est à dire l’observation. Il ne suffit pas simplement d’écouter pendant une scène d’improvisation pour savoir improviser, il faut aussi savoir observer son environnement et tout le temps. Prendre le temps d’observer permet de capturer les moments de la vie.

Car lorsque nous improvisons, nous reprenons ces observations. Spolin annonce au début de son livre « Improvisation for the Theater » :

« It is highly possible that what is called talented behavior is simply greater individual capacity for experiencing. […]. Experiencing is penetration into the environnement »

Ce que je traduis par :

« Il est fortement possible que ce que nous appelons talent est simplement une plus grande capacité à vivre les moments. […]. Vivre les moments est une plongée dans l’environnement. »

Un improvisateur qui observe, qui vit et découvre, sera donc plus « talentueux ». D’ailleurs, ne dit-on pas que les enfants sont étonnants en improvisation car je pense qu’ils gardent cette capacité d’observation. Ils sont toujours émerveillés et veulent toujours apprendre.

J’en reviens donc au sujet de ce post. Nous sommes influencés par ce que nous regardons mais si on se cantonne toujours à la même chose, on n’évoluera pas. Je vais par exemple citer les « à la manière des western ». C’est vrai qu’on voit souvent le cliché du saloon, le bandit et le shérif, puis vient le duel et la sempiternelle boule d’arbrisseau qui parcourt la rue (je la déteste à force de la voir). Pourquoi les improvisateurs font ils toujours la même chose ? Ont ils vraiment vu des westerns ou reproduisent-ils ce qu’ils ont vu en improvisation ? Pourquoi toujours une scène dans un saloon alors que ça peut se passer dans les montagnes rocheuses en plein hiver, ou dans une prairie entourée de barbelés. Il ne faut donc pas simplement regarder des films de western mais aussi lire (en lecteur actif) des bandes dessinées comme Blueberry ou Lucky Luke. Il faut donc rester curieux et rester observateur du monde qui nous entoure.

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Une Réponse to “L’influence américaine”

  1. Benjamin said

    En lisant ce post, je fais un rapprochement avec celui intitulé « Déjà vu » (https://lecaucus.wordpress.com/2008/11/20/deja-vu) et, pour en prendre un plus récent avec celui qui le précède juste « Porter ses personnages comme un manteau. » (https://lecaucus.wordpress.com/2008/12/29/porter-ses-personnages-comme-un-manteau/) Ian, en s’appuyant sur ce qu’il voit quand il voit jouer des personnages de vieux, y dit qu’on se raccroche, dans l’urgence de se faire comprendre à des portraits grossiers de personnages, très stérotypés.
    Pour moi, il ne s’agit pas uniquement de l’urgence de se faire comprendre mais aussi, comme tu le dis, Cid, d’une méconnaissance de la réalité objective. Et il s’agit, selon moi, d’un artéfact lié aux processus qu’on mobilise lorsqu’on improvise : « La première idée est la bonne. »
    Pourquoi cette ligne directrice ?

    Impact de l’urgence :
    Parce que élaborer une idées, l’évaluer et la conserver ou en élaborer une autre et ainsi de suite jusqu’à en trouver une qui soit bonne-Le processus commun de la vie quotidienne, quoi !- c’est trop long ! Une des meilleures solutions dans la vie de tous les jours mais qui ne l’est plus quand on change de cadre pour se retrouver dans l’urgence de l’impro.
    Une des meilleures est alors « Prend la première idée. » puisqu’il est établi que « Quelle que soit l’idée, elle fera l’affaire. » Il n’est plus question d’efficacité de l’idée mais simplement, il est question de produire une idée, peu importe laquelle.

    C’est déjà énorme de passer d’un système visant « l’adéquation à la situation par la réflexion » à un autre visant juste « la spontanéité », l’adéquation se faisant en aval. Avec le temps, on arrive à créer « l’adéquation à la situation par la spontanéité » : Dans le temps où un-e improvisateur-trice bien dégrossi-e se laisse venir une idée ou 2, un-e improvisateur-trice un peu plus aguerri-e en aura 3 et aura la technique (rhétorique, gestuelle…) pour se laisser en plus le temps de sélectionner celle qui lui paraîtra la meilleure. Mais pour l’essentiel des improvisateurs-trices, on en reste à « Prendre la première idée. » Or d’où vient-elle ?

    Impact de la méconnaissance :
    C’est là qu’on rentre dans les X-Files…
    Lorsqu’une idée arrive au conscient, il se trouve qu’environ une seconde plus tôt, la zone du cerveau qui gère l’idée dont il est question a subi une hausse d’activité. Une demi-seconde après cette hausse d’activité on effectue les mouvements inconscients qui y sont reliés (Haussement de sourcils pour une surprise par exemple ou même retrait de la main pour une brûlure sur une surface chaude ! ) Et enfin, l’idée arrive et peut être verbalisée (« Oh ! » ou « Aïe ! » dans les exemples précédents.)
    [D’ailleurs, si on en vient à inverser la verbalisation de l’idée et le mouvement inconscient, on cré un ressort comique, assez courant dans les cartoon : Main sur le fer chauffé au rouge pendant que le personnage crie et lâcher de la casserole après le cri…]

    Jusque là, rien que du très scientifique : Des neurosciences et n’importe quel livre sur le sujet pourrait vous apporter quelques images pour étayer tout ça, avec des jolies couleurs et tout et tout…

    Là où ça commence à être un peu dérangeant c’est quand on se pose la question : Mais alors qu’est ce qui crée l’idée de départ ??? Si l’idée du mot est déjà là une seconde avant même que je sache que j’ai envie de parler, qu’est ce qui se passe ? Qui décide du mot ???
    Et là, les réponses sont un peu plus floues. Dans les bouquins, généralement c’est figuré par un petit éclair laconique (Si vous avez des précisions, ça m’intéresse, contactez-moi !).
    Je ne peux donc donner qu’une interprétation : L’impulsion de base est envoyée par l’inconscient. Et l’inconscient va piocher dans la somme des info perçues par le-la comédien-ne sur le sujet au cours de sa vie (Ouais, rien que ça…).
    Or, pour l’immense majorité des sujets, nous ne sommes pas des expert-es, juste des gens.
    On baigne dans des flux d’informations plus ou moins filtrés par les cultures auxquelles on appartient et on récupère les généralités, les résumés, les lignes directrices.
    Pour la plupart des sujets, on en sait juste assez pour continuer à rester dans la moyenne, c’est-à-dire : Peu.
    Et donc, sur bien des sujets, on plonge tête la première dans l’idée moyenne qui nous vient, l’idée que tout-es ceux et celles qui baignent dans le même flux culturel pourraient avoir.
    Et l’idée que tout le monde pourrait avoir, ça a un nom, c’est un stéréotype, voire un cliché…

    C’est pour ça qu’un-e bon-ne comédien-ne improvisateur-trice, pour moi, ce n’est pas seulement un-e bon-ne technicien-ne de l’impro, c’est aussi une personne qui se construit un bagage culturel qui lui permettra d’être à la hauteur de ses propres envies : Comment improviser un vaudeville juste si on n’en a jamais lu, ni vu ?
    Comment surprendre le public par des histoires, des ressorts de mises en scène, des personnages si on ne se donne pas les moyens de sortir de ce que ce même public a, en moyenne dans la tête ?
    Face à de bon-ne-s technicien-ne-s, le public sera bluffé les premières fois, parce que dans un monde réfléchi, l’impro c’est étonnant. Mais passé la surprise et l’envie de rires bon-enfants, je suis bien d’accord, ce qui fera tenir le public, c’est la dose d’authenticité que contiendra l’impro, western, Molière ou vaudeville, la performance que représente le respect des codes (ou de la réalité) jusque dans les détails.

    Le pain de mie, c’est bien, on peut en manger, beaucoup même, mais pour qu’on ait envie d’en manger autant, mettre de la confiture…

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