Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

Archive for avril 2009

Le pouvoir de dire non

Posted by impronabla sur 27 avril 2009

[eng]

Saying « no » in a scene implies significant consequences. But those consequences can be truly great, only if we accept the power, hence the responsibility, of saying a chosen and strong « no », totally unrelated to fear.

[fra]

Le grand philosophe Ben Parker avait coutume de dire à son neveu Spiderman : « Avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités ». Tout le monde le sait, dire « non » dans une scène d’impro est un grand pouvoir, car ces simples trois lettres ont des conséquences importantes sur la suite (survie ?) de la scène.

Un exemple pour ceux qui ne font pas partie de tout le monde :

– Cindy : Je sais qu’en couchant avec Jonathan, je t’ai fait beaucoup de mal…
– Boris : Non… non, non, ça va.

Là, la scène est finie (et pourquoi pas, d’ailleurs ?).

Bien sûr, il y a des ‘non’ qui ne sont pas si définitifs. Un autre exemple :

– Cindy : Vite ! Il faut faire nos valises ! Mon père nous a retrouvés, nous devons partir maintenant !
– Boris : Non… Attendons ton père et réglons ça une bonne fois pour toute.

Là, la scène ne parlera plus de la fuite, mais bien de la confrontation (et pourquoi pas, d’ailleurs ?).

Et de toute façon, un peu d’expérience en impro nous permettra de transformer un « non » définitif en un simple changement de sujet, ou alors nous nous lancerons dans un jeu de la scène où Cindy va toujours plus loin dans ses aveux et où Boris s’enfonce toujours plus profondément dans le déni. Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse ici. Je ne veux pas me pencher sur la façon dont on peut réagir à un « non » émis, mais plutôt à l’émission du « non » en elle-même.

Commençons par un petit retour en arrière. Pour ceux qui s’intéressent un peu à la construction d’un dialogue, le « non » est ce qu’on appelle un « effaceur verbal » (tout comme le « mais »). Il a le pouvoir d’effacer tout ce qui a été dit avant, de le renier, de lui accorder moins d’importance, voire pas du tout. Bref, il a le pouvoir de nous empêcher de prendre des risques. Ce pouvoir n’est pas à prendre à la légère et je connais beaucoup d’improvisateurs qui se sentent offusqués par cet effacement. Comme expliqué plus haut, on peut enseigner et apprendre l’improvisation en formant les personnes à :

  • Ne pas dire « non »
  • Quand un « non » est dit (et ça arrivera, ne vous en faites pas), le transformer en changement d’enjeu ou en jeu de la scène)

Ce que je propose ici est de ne pas raisonner de cette façon, et passons à ce que Ben voulait nous dire depuis le début : Dire « non » implique de grandes responsabilités. Apprivoisons ces responsabilités, acceptons-les et montrons-nous en à la hauteur. Bref, apprenons à dire de bons « non » !

Comme vous le savez si vous errez sur le Caucus de temps à autre, nous sommes pour la plupart de fervents défenseurs de la piste de la peur : la peur de ne pas être intéressant ou de ne pas respecter les règles, qui nous conduit, dans le premier cas à dire « non », dans le deuxième à ne pas le dire (vous vous souvenez de mes pauvres cadavres ?). L’improvisateur qui laisse sa peur le guider est un peu piégé, voire condamné à rester dans une espèce d’espace neutre de la scène : il se sent contraint d’accepter une proposition pour laquelle il voulait dire « non », et finit par l’accepter mollement (ou si la proposition initiale était vraiment nulle, par la refuser mollement). Et ainsi de suite jusqu’à ce que la scène perde sa substance, et que le public et les joueurs commencent à bailler ferme.

Si vous vous retrouvez dans ce cas-là, il est primordial de comprendre que le seul moyen de s’en sortir, est de prendre des risques. Personne ne s’amusera tant que l’un des joueurs ne se montrera pas courageux et ne fera pas quelque chose d’inattendu. Mais avec l’énergie molle qui rôde, il est difficile de trouver ce quelque chose salvateur. Alors je vous le donne, comme ça : montez sur scène, et dites un bon « NON ! ». Un « non » affirmé, un « non » qui ne laisse apparemment aucune porte de sortie, un ‘non’ fort, appuyé par vos bras croisés et pourquoi pas votre dos tourné. Sachez que vous êtes en train de retrancher votre partenaire dans ses dernières limites, laissez-le mariner quelques secondes, et voyez comme la magie de l’improvisation prend le relais, parce que c’est le seul choix qu’il reste. Maintenant que le premier risque est passé, on va pouvoir s’amuser et prendre encore plus de risques (un bon exemple est fourni dans le dernier post de Ian sur son blog).

Et elle est là la responsabilité de dire « non ». Il est là le bon « non ». Tous les « non » qui proviennent de la peur, tous les « non » mous, faibles et peu joués, non appuyés par des intentions et des postures, tous ces « non » sont nuls. Le bon « non » est un « non » fort, choisi, assumé, porté et porteur. Le bon « non » est un « non » expliqué par la scène et les personnages, pas par les joueurs. Le bon « non » permet d’utiliser le pouvoir inhérent à sa nature d’effaceur verbal, et le retourner contre lui-même. Nous savons depuis le début que le « non » est puissant, utilisons maintenant cette puissance à notre avantage, en complète responsabilité. De la même manière que l’utilisation de la bombe atomique ne doit pas être conditionnée à la peur, l’émission d’un « non » ne doit pas non plus être guidée par elle. C’est à cette seule condition que nous pouvons réellement assumer la responsabilité de ce « non », et rendre fier notre très regretté Oncle Ben.

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Improvise-t-on comme on vit ?

Posted by bullecarree sur 20 avril 2009

[eng]

Clearly, we reproduce life in improvisation, and the characters we play are often created by our own personality. But we have to continue the exploration of the human nature, or we won’t take risk and have no fun anymore.

[fra]

Cela fait maintenant assez longtemps que je me rends compte qu’en impro, nous jouons des personnages qui nous ressemblent. Nous forçons quelques traits de caractères pour donner une contenance à notre création.

C’est d’ailleurs comme ça que les personnages de la commedia dell’arte ont été modelé, à partir d’un caractère. Prenons le Capitan ou Matamore, c’est un soldat fanfaron, vantard mais lâche. Il m’est souvent arrivé de jouer ce personnage. J’ai une complicité rapide avec lui.

el capitan

C’est ainsi que naissent nos premiers personnages. Ils sont proches de nous.

Ce qui est difficile ensuite, c’est de trouver de nouveaux personnages et donc de jouer d’autres caractères humains qui sont moins présent en nous, mais ils y sont. Par exemple, certains comédiens ont dû mal à jouer des personnages sanguins, ceux qui se mettent rapidement en colère. Et si on demande aux comédiens de jouer seulement la colère, ils n’y arrivent pas. Il est vrai que depuis notre enfance, nous avons été amené à censurer nos émotions, dont la colère. Il est difficile de la faire sortir.

Pourtant, être improvisateur, c’est être auteur et aussi acteur. J’ai souvent l’impression que les improvisateurs se focalisent trop souvent sur l’histoire et donc sur leur rôle d’auteur, au détriment du travail d’acteur. C’est vrai qu’il est difficile de ressentir l’émotion surtout si on a pas eu l’habitude de les explorer. Alors pour nous rassurer, nous jouons nos personnages habituels mais à force, nous perdons l’excitation de l’inconnu et nous ne sommes plus surpris.

Cet article est donc pour ceux qui ont dû mal à jouer des émotions et qui voudraient aller plus loin.

Plusieurs méthodes :

  • faire du théâtre « écrit ». Il est plus facile de s’accrocher à un texte pour explorer la nature humaine. Ainsi, inutile de se concentrer sur l’histoire, elle est faite. On a alors tout le temps de découvrir la panoplie des émotions et des caractères.
  • faire des improvisations sans histoires et concentrées sur l’émotion. Mais pour cela, il faut que les improvisations soient longues pour explorer le plus loin possible. Improviser aussi dans un véritable décor pour éviter le mime qui oblige à intellectualiser.

Ceux sont des pistes de travail mais il faut aussi en avoir envie.

Une autre chose que j’ai remarqué, c’est la reproduction hiérarchique. Dans une histoire, nous avons souvent affaire à un duo ou à un groupe. Se crée automatiquement des rapports humains et donc une hiérarchie. Les comédiens prennent également souvent des rôles qu’ils ont l’habitude de jouer sur scène (leader, suiveur) et parfois hors scène (observez-vous).

Il est vraiment important d’essayer de se placer à différentes échelles pour éviter de jouer toujours les mêmes rôles. Johnstone travaille beaucoup avec les statuts, qui transmettent cette idée de « rang » dans une improvisation. Malheureusement, je ne vais pas résumer les 30 pages du livre (Impro for Storytellers) sur ce sujet, mais si vous lisez l’anglais, n’hésitez pas…

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La peur… Ce satané animal

Posted by Cid sur 6 avril 2009

[eng]

It’s amazing to see how fear influences our behavior on stage. Fear pushes us to do inadequate moves, makes us glance at ourselves, and drives us to say « No » to most proposals. Hence, a good idea would be to accept fear, to recognize it, use it and tame it.

[fra]

C’est incroyable ce que la peur nous fait faire. Ses effets sont si multiples, si variés, qu’on ne reconnaît pas toujours que c’est la peur qui est derrière. Or tout l’enseignement des anglo-saxons repose là-dessus : faire tomber la peur. Pourquoi ?peur

La peur fait dire non !
Notre instinct de conservation nous pousse à être méfiant et à ne pas tout accepter aveuglément. Dire « oui » à une proposition n’est donc pas une règle si facile à suivre. Cela suppose de perdre le contrôle la situation, de faire confiance à ce qui est proposé, voire imposé. En gros, à sauter dans le vide les yeux bandés

La peur nous pousse à nous regarder :
Etre dans son personnage, c’est voir ce que son personnage voit, voir son but, son objectif, sa cible. Or, la peur coupe de la cible, et renvoie la cible sur nous : on se regarde jouer, on se regarde être mauvais, on se regarde ne pas avoir d’inspiration, d’idée, on se regarde bafouiller … Et plus on se regarde, plus on est mauvais !

La peur nous fait bouger inutilement:
Regardez vos pieds qui trépignent sur place inutilement, vos mains qui se touchent ..Tous ces mouvements inutiles et parasites, c’est la peur encore ! Vous croyez qu’en faisant tous ces mouvements vous remplirez le vide devant vous ?…Rien du tout ! La peur est là, bien là, et plus vous vous débattrez, plus elle vous encerclera.

Pas la peine de l’ignorer. Il faut admettre que la peur est là, en reconnaître les effets, s’en servir et la dompter. Pour cela :

Servez vous de votre peur pour la transformer en énergie :
C’est une des grandes techniques du chant et du théâtre. La peur place la respiration au niveau de la poitrine (centre des émotions), faites donc descendre cette respiration dans le ventre (inspiration en gonflant le ventre, expiration en poussant l’air avec le ventre). Vous verrez, l’effet de détente est immédiat. Puis, enracinez vous dans le sol : les deux pieds bien plantés, votre corps bien équilibré sur vos deux jambes, imaginez que l’énergie vient du sol, et qu’elle remonte à vous par vos pieds et vos jambes. Vous verrez qu’en prenant cette habitude, vos gestes seront canalisés, votre jeu plus posé. Et dites vous que plus la peur est grande, plus il faut la transformer en une belle énergie qui remontera par vos pieds.

Dites vous que les idées qui vous viennent ne vous appartiennent pas.
Johnstone préconise d’imaginer qu’une espèce de force supérieure, qu’on pourrait traduire par « Le grand esprit », nous donne toutes les idées, ou ne nous en donne aucune. Mais il faut veiller à ne pas contrarier le grand-esprit, ne triez pas ses idées en disant qu’elles sont bonnes ou mauvaises, ne les forcez pas non plus, laissez les venir….Car si vous ne vous pliez pas au grand-esprit, vous déclenchez sa colère, et n’aurez que des idées compliquées, farfelues ou pas d’idées du tout…. Non chers amis, vous n’êtes pas dans une secte, c’est juste une technique pour faire tomber la peur, libérer les inconscients, et favoriser les connexions entre joueurs.

Oubliez les règles :
Les règles sont là pour être travaillées en atelier. Sur scène, elles sont intégrées, plus ou moins peut-être, mais elles sont intégrées. Donc avant d’entrer sur scène, pas la peine de sortir la petite fiche bristol avec la liste de ce qu’il faut faire ou ne pas faire (oui, je sais, vous n’êtes pas idiots à ce point, mais disons qu’on a tous été tentés de se refaire une liste dans sa tête à 10 minutes d’un début de spectacle). C’est là où il ne faut pas se méprendre sur les règles du match, elles sont là pour servir un concept, elles n’apprennent pas comment improviser. Si vous entrez sur la patinoire, en vous disant qu’il ne faut pas faire de rudesse, de cabotinage, de refus de personnage, etc…. Autant revenir directement dans les loges. Un joueur qui entre sur scène en ayant toutes les pénalités à éviter en tête, ressemble à un funambule qui regarde dans le vide lorsqu’il est sur son fil. Pour tenir l’équilibre, il faut regarder loin devant soi : foncer dans toutes les idées qu’on nous propose et ne pas regarder sur les côtés.

Ma petite recette à moi….
Enfin, ma petite recette à moi que je mets en pratique à chaque fois que la pression monte trop avant un spectacle : je m’imagine ayant terminé le spectacle en ayant fait une prestation des plus minables. Je l’accepte en me disant que finalement, ce n’est qu’un spectacle, c’est bon pour mon orgueil, et ça ne sera pas une raison pour abandonner l’impro… Puis, partant de là, acceptant d’être mauvais, je me dis qu’après tout, je n’ai plus qu’à m’amuser…

NB: Peinture: « Le Cri » de Edward Munch

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