Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

Dreamteam… Tout n’est pas une affaire de niveau!

Posted by Cid sur 11 mai 2009

[eng]

If you have to choose improvisers for a show, don’t believe that a good team is mainly composed of good and experienced players. Compare improvisation to a river, and compose your team to make the river flow.

[fra]

fleuvePour préparer un spectacle d’improvisation, le « coach », le « chargé de sélection » ou le « directeur artistique », doit désigner les comédiens qui joueront sur scène. Le premier réflexe, est de composer le groupe en considérant le niveau de jeu de chacun. De manière caricaturale : « Mettons deux bons, un moyen et un débutant, ça fera un spectacle honorable! » Pourtant, on constate fréquemment que cette règle est loin de garantir la réussite d’un spectacle, voire même, on est surpris d’assister à des spectacles réussis alors qu’on considérait l’équipe sélectionnée comme « faible ».

C’est ce que j’aime dans l’impro : son imprévisibilité, sa manière de dérouter les esprits cartésiens, de faire voler en éclat les règles élémentaires. On ne peut commander les moments de magie, ils arrivent ou pas, mais notre volonté est impuissante pour « forcer » leur venue.

Cependant, faut-il composer une équipe n’importe comment ? Non ! Sûrement pas ! Je ne tomberai pas dans la démagogie qui consisterait à vous commander de tirer au sort les noms des comédiens dans un chapeau, sous prétexte qu’il n’y a aucune différence entre les uns et les autres. Chacun a sa couleur de jeu, la diversité est une richesse alors autant en profiter.

Là où je pense qu’on se trompe, c’est qu’en ne considérant les choses que par la petite lucarne du niveau de jeu, on considère l’impro comme quelque chose de statique :

deux joueurs de niveau 3
+ un de niveau 2
+ un de niveau 1
= un spectacle de moyenne 2,25 soit « moyen + ».

Or l’impro n’a rien de statique, elle a tout de dynamique !

Il faut l’imaginer comme un cours d’eau qui doit circuler de manière fluide, abondante, et énergique. Pour circuler, le cours d’eau a besoin d’un lit, de débit et éventuellement de quelques rapides. En impro, le lit du fleuve sera le « constructeur », le débit, le « huileur » (terme qui n’existe pas dans le dictionnaire et que je définis plus bas…), les rapides, « le puncheur », la barque sur le cours d’eau, « le suiveur ». Hors de question d’enfermer les joueurs dans des boîtes en les cataloguant comme puncheur exclusif ou suiveur désigné. Dans une même improvisation, le puncheur pourra passer en huileur, le constructeur en suiveur, etc… Cependant, comme je le disais, nous avons notre propre couleur de jeu (même si elle est en constante évolution), et donc nous avons une ou des caractéristiques dominantes (huileur, puncher, suiveur, constructeur). Ainsi, pour composer le groupe de comédiens qui jouera en spectacle, il faut vous baser sur le concept du spectacle, et voir comment vous voulez faire circuler votre cours d’eau. Sur un short-form (catchimpro, theatersport…) voyez le comme un torrent des montagnes. Sur un long-form (un Harold, une pièce montée, ou un Deux ex-machina…) apparentez le à un grand fleuve.

Une fois que cela est fait, il faut faire votre choix pour faire circuler votre cours d’eau.

  • Le constructeur creuse le lit en construisant la situation et en donnant la direction.
  • Le huileur accentue le débit dans le lit en voyant les idées naissantes et en venant les renforcer.
  • Le puncheur, artiste de la blague et du bon mot, est le rapide qui amuse et met du relief.
  • Le suiveur se laisse porter.

Cependant, il faut doser… Sinon, le cours d’eau n’est plus praticable. Par exemple :

  • Si chaque comédien s’amuse à être constructeur, on voit une succession d’idées non exploitées, rien ne décolle. Inutile de décrire ce qu’il peut donc se passer s’il n’y a que des suiveurs qui ne donnent aucune direction.
  • Les punchers amusent, mais mettent des « secousses » dans l’histoire. Il faut donc qu’ils aient comme acolytes de bons huileurs et de bons constructeurs pour recanaliser le cours d’eau après la secousse.
  • Les « huileurs » doivent savoir se mettre en retrait ou en suiveur quand la trame est bien installée, que les idées sont bien identifiées, et que les connexions sont faites.

Suivant le concept du spectacle, il faudra donc adapter : un torrent a besoin de rapides, un fleuve a besoin d’un grand lit, par contre, les deux ont besoin de débit !

Les meilleurs alors ? C’est qui ? Les punchers ? Les huileurs ? Les constructeurs ? Les suiveurs ? Difficile à dire: il y a de très bons punchers, et de très bons constructeurs! Des couleurs de jeu si différentes sont difficiles à comparer!

Cependant, certains joueurs arrivent à être complets et exercer chaque fonction de manière équilibrée. Je les appellerais des caméléons. Alors, forcément… Les très bons caméléons sont ceux devant lesquels on ne peut que s’incliner! Ils ont assez de souplesse de jeu pour passer d’un rôle à l’autre très rapidement et de manière très fluide : ils savent construire, soutenir, suivre, se mettre en retrait quand tout va bien, ou puncher quand la narration est assez consolidée pour se le permettre…

Mais rares sont les très bons caméléons !

Donc compliquée est la tâche des chargés de sélection !

Cette théorie bien que plus compliquée que celle qui consiste à ne prendre en compte que le niveau de chacun, ne donne pourtant toujours aucune garantie ! J’éviterais donc de donner une recette, pour savoir combien il faut de punchers, de huileurs, de suiveurs ou de constructeurs pour composer une équipe. Sans compter que beaucoup d’improvisateurs cumulent généralement au moins deux caractéristiques.

Cependant, composez la en ayant à l’esprit qu’il faut que le flux circule entre les joueurs.

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7 Réponses to “Dreamteam… Tout n’est pas une affaire de niveau!”

  1. Benjamin said

    Tout en sachant que cela peut être réducteur et engendrer des marges car tout ne rentre pas toujours dans des cases, j’aime bien cette idée de pôles de compétences. Cela faisait quelques temps que je me creusais la tête pour trouver un modèle de regroupement et le panel que tu exposes me plait bien.
    En amateur de métaphore, l’idée de la rivière me séduit particulièrement.
    Merci!

  2. Cid said

    Merci pour ton commentaire.
    Effectivement, ce modèle est à appliquer prudemment, il ne doit pas nous faire tomber dans la facilité qui consiste à classer les joueurs dans des boîtes.
    Si l’impro est dynamique, il en va de même des couleurs de jeu des joueurs. Le formateur doit suivre de près ces évolutions, et amener les joueurs à avoir un jeu de plus en plus souple et élastique, pour les pousser à jongler avec les compétences au cours d’une même improvisation.
    Pour les marges, si vous trouvez d’autres compétences, je prends.;-)

    • JRM said

      Je te rejoins Cid quand tu demandes de passer d’une compétence à l’autre au cours de la même impro.
      Je me rappelle avoir vu une troupe où les rôles étaient séparés, où chacun avait son domaine de prédilection et s’y collait, sans oser en sortir (du type : toi tu fais les narrations, toi tu fais les blagues, toi tu chantes, et toi tu fais les services…)

      Mais mon Dieu, qu’est-ce que c’est bon de se lancer dans un rôle/type d’impro qu’on pense ne pas assez maitriser ! Qu’est-ce que c’est bon de se surprendre !
      Je recommande à tout le monde de bosser ses points faibles, parce qu’on a toute la fraîcheur du débutant et le plaisir qui va avec.

      Combattez votre monotonie : saisissez toutes les opportunités !

  3. […] attendant, ces pouvoirs sont bels et bien réunis, mais au niveau de la troupe. Comme le disait Cid, c’est une bonne chose que les improvisateurs apportent des forces et des faiblesses […]

  4. […] complément, cet article sur la constitution d’équipe sur le blog Le Caucus peut aussi vous […]

  5. […] le récompenser, et le "constructeur" serait même un type de joueur (voir par exemple cet article sur le blog Le Caucus). Mais pour moi, tous les improvisateurs devraient être des "constructeurs", parce que […]

  6. At this time it seems like Movable Type is the top blogging platform out there right now.
    (from what I’ve read) Is that what you are using on your blog?

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