Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

La connexion: plus fort que le « OUI », plus rapide que l’écoute (épisode 1)

Posted by Cid sur 19 octobre 2009

foudre[eng]

If you want to promote Improvisation theater as an art form, seek for spontaneity and truthfullness, for that, try connections. Connect with your environment and your fellow partner, go back to your instinct and obey to the impulse of your body.

[fra]

Lorsqu’on débute l’improvisation, on nous enseigne deux choses fondamentales pour improviser : « Ecouter » et dire « Oui et…! » Ne rejetons pas ces tuteurs qui nous ont permis de grandir ! Ils sont non seulement un premier pas essentiel pour apprendre l’improvisation, mais aussi un premier pas difficile à faire, car dire oui à une proposition qui n’est pas la nôtre, c’est dire oui à l’inconnu, ce qui implique une histoire de peur à surmonter.

On apprend donc à jouer du mécanisme :
J’écoute- J’accepte- Je propose, J’écoute- J’accepte- Je propose, J’écoute- J’accepte- Je propose.

Et puis, à force de pratiquer, on sent qu’on peut réduire ces trois étapes en une : Connecter !

La démarche est très instinctive : elle consiste à se dire : « Ce qui me fait réagir c’est l’autre (celui avec qui je joue) et mon environnement. » (4) L’avantage majeur de cette connexion est qu’elle induit des actions authentiques et spontanées.

image-meisnerSanford Meisner, pour un jeu d’acteur en quête de vérité :
Un des grands précurseurs de cette technique est Sanford Meisner (1905 – 1997). Sanford Meisner était à l’origine un élève de Lee Strasberg (fondateur de l’Actor’s Studio). Gêné par l’aspect affectif de sa méthode (utiliser sa mémoire affective pour jouer les émotions), Sanford Meisner a développé sa propre méthode d’enseignement du jeu d’acteur, en poussant ses étudiants à se fier à leur instinct et à leurs impulsions pour jouer.

Une particularité de son enseignement était « The repetition game ». Cet exercice consistait à engager un jeu de répétition de phrases avec son partenaire, où les seuls changements autorisés dans le dialogue étaient ceux dictés par l’instinct, les impulsions.

Extrait de « Sanford Meiner on acting » (2)
Deux étudiant Anna et Vince sont dos à dos, à un moment donné, l’épaule de Anna cogne le dos de Vince.
« You poked me in the back » / « Tu m’as cogné dans le dos »
« I poked you in the back »
« You pocked me in the back »
« Yes, I poked you in the back »
« Yes, you poked me in the back »
« Yes », rires … « I poked you in the back »
« What’s funny? » —- Ndt: Ici le changement est autorisé, car l’acteur subit une impulsion, qui est de ressentir de l’agacement face à sa partenaire amusée —-
« What’s funny ? » / « Qu’est-ce qui te fait rire? »
« What’s funny ? »

Etc…

Il poussait ses étudiants à entrer en connexion avec leurs partenaires, pour réagir selon un mode d’action-réaction (« the pinch and the ouch » / « Le pincement et le aïe »), loin de tout processus intellectuel.

« Don’t do anything unless something happens to make you do it » / « Ne faites rien à moins que quelquechose n’arrive et ne vous y pousse! »

« What you do doesn’t depend on you; it depends on the other fellow! » / « Ce que vous faites ne dépend pas de vous, mais de vos partenaires de jeu! »

Il qualifiait l’esprit de son enseignement en ces termes:

« My approach is based on bringing the actor back to his emotional impulses and to acting that is firmly rooted in the instinctive. It is based on the fact that all good acting comes from the heart, as it were, and that there’s no mentality in it. » / « Mon enseignement a pour but de ramener l’acteur à ses impulsions émotionnelles, et pour jouer cela, il faut être solidement ancré dans son instinct. Cela se fonde sur le fait que tout bon jeu vient du cœur, ainsi il n’y a aucun processus intellectuel là-dedans. »

Meisner et l’improvisation théâtrale:
Dans les années 90, une des critiques majeures faite à l’encontre des spectacles en long format produits sur Chicago (EU), était que malgré tout le discours qu’on tenait sur la vérité dans la comédie (« Truth in comedy », enseignée à iO de Chicago), la plupart des troupes tombaient dans la répétition des trucs et astuces pour construire et faire rire, se rapprochant dangereusement de ce qu’on voyait dans les formats cours du « ComedySportz. » (3)

Deux improvisateurs de Chicago : Rob Mello et Kevin Mullaney, ont réagi à cette critique en produisant un long-format appelé « Naked », où toutes les astuces de construction (tag-out, etc…) étaient bannies, une seule chose était autorisée : « Jouer et seulement jouer ! » Pour former les étudiants à la pratique de ce format, Mello et Mullaney ont appliqué les techniques de Meisner au « Center theater » de Chicago, dans le but de promouvoir l’improvisation comme un art, et non le réduire à un simple divertissement.

« People go into improv wanting to be funny. Deep down inside, improv is about being vulnerable and not having to be funny. This is what you need to do to be a good actor. You need to be vulnerable on stage. » / « Les gens vont faire de l’impro pour être drôles. Au delà de ça, faire de l’impro c’est être vulnérable, sans chercher à être drôle. C’est ce dont vous avez besoin pour être un bon acteur. Vous devez être vulnérable sur scène. » Jim Jarvis, improv director at Center theater in Chicago (3).

La connexion et nous :
L’énorme avantage de cette connexion est qu’elle est totalement spontanée et authentique : on se fie à nos impulsions corporelles et à notre instinct pour agir. De plus, le corps a l’avantage d’être dans l’instant présent, contrairement à notre tête qui se projette dans le passé ou le futur (1). La connexion est donc supérieure à l’écoute et l’acceptation, car son mode d’action ne peut se faire qu’en relation avec nos partenaires de jeu et notre environnement. Nos actions ne résultent que d’un mode d’action réaction (Pinch & Ouch) avec nos partenaires et notre environnement.

Dans l’épisode 2 de cet article, je dévoilerai quelques exercices et techniques pour travailler la connexion en improvisation.

Références :
(1) Acting on impulse. The art of making improv theater – Carol Hazenfield
(2) Sanford Meisner On Acting – Sanford Meisner & Dennis Longwell
(3) The art of Chicago Improv – Rob Kozlowski
(4) Stage d’improvisation mené par les Improfessionals du 17 au 19 juillet 2009 (http://www.improfessionals.com)

Publicités

5 Réponses to “La connexion: plus fort que le « OUI », plus rapide que l’écoute (épisode 1)”

  1. Marc said

    je ne peux qu’approuver cet article… il me renvois l’idée des étapes de la générosité dans mes formations…

    3 étapes me viennent à l’esprit qui font partie de l’évolution d’un joueur dans sa confiance qui met dans le jeu et donc son niveau de lacher prise.

    Etape une: sois généreux dans ton personnage, met s’y toute ton âme, aie confiance en toi, écoute et accepte ce que ton personnage t’impose.
    Etape deux: sois généreux avec l’autre, n’hésite pas à conbiner tes idées à celle de l’autre, aie confiance dans le jeu et les propositions de l’autre, écoute, accepte et propose (le fameux oui et)
    Etape trois: sois généreux avec l’impro, donne à l’histoire et l’histoire te le rendras, aie confiance dans les rebondissement de l’histoire (combinaison ultime du jeu de chacun), connecte toi à ce qui est en train de s’écrire et vis l’impro entièrement.

    C’est ainsi que progresse généralement les joueurs en impro… la connexion est la phase finale de l’apprentissage, dur à apprendre mais tellement efficace.

  2. Ouardane said

    On pourrait tenter l’exercice suivant pour développer cette connexion très intéressante :

    deux personne sur scène, l’une a pour consigne de rester immobile et silencieux, et l’autre doit jouer une scène utilisant tout ce qui se dégage de l’autre joueur (battement de cils, contraction musculaire, tous les gestes parasites involontaires…). Sans doute difficile à faire fonctionner, mais également riche en enseignement.

  3. Cid said

    Bonjour Ouardane,
    Désolée de te répondre si tard.
    L’exo que j’utilise pour les connexions est très proche de celui que tu proposes:
    Deux improvisateurs en jeu,
    Les deux partent à vide, sans idée préconçue, sans personnage, sans action.
    Donner pour contrainte aux joueurs qu’ils n’ont pas le droit de parler pendant 1min, la seule chose qu’ils doivent prendre en compte, est que leur façon de se comporter, de se mouvoir, l’état qu’ils vont avoir doit être impulsé par les mouvements de l’autre.
    A mon top, ils ont le droit de parler et de mettre en place la plateforme (Qui sont ils? Où sont ils? Quelle est leur relation?), mais cette plateforme est née juste de la connexion entre les joueurs qu’ils ont creusée pendant 1min.
    Ça convainc les improvisateurs que toutes les idées sont à l’extérieur d’eux, qu’ils n’est pas utile de s’enfermer dans sa tête pour trouver des idées.

    Si les joueurs ont du mal à faire naître les choses de cette connexion, je fais faire l’exercice à deux personnes en jeu, sans qu’elles aient le droit de parler, et à tout moment, dès que quelqu’un (en jeu ou dans l’auditoire) voit que les positions prises suggèrent une situation, elle crie « Freeze! », les deux joueurs s’immobilisent, et la personne qui a crié dit ce qu’elle a vu:
    « Là pour moi, ils sont à la fin d’une dispute de couple! »
    « Là, c’est une prostituée qui en est à son premier jour, et qui a du mal à se lancer! »
    etc….
    Ça permet d’aiguiser leur regard sur les tout « petits fils » qui naissent en début d’impro qui après vont devenir des idées. Donc ils sont convaincus qu’il suffit d’être perméable à ce qui est extérieur à eux, nul besoin de de stresser à s’enfermer dans sa tête pour trouver « la bonne grosse idée originale qui en général n’en est pas une! ».

  4. […] article fait suite au premier article sur la connexion en […]

  5. Bruno said

    J’ai découvert cet exercice pour le travail d’acteur derrière caméra. Il a l’air tout con, mais c’est une base de travail énorme pour toute une vie d’acteur quasiment.
    Je conseille la lecture de son livre, « Sanford Meisner On Acting – Sanford Meisner & Dennis Longwell » (pour ceux qui se démerdent en anglais), y a tout un processus qui suit l’exercice de connexion et c’est une très bonne base pour les coachs d’impro.

    De plus ce genre de travail permet vraiment de faire des improvisateurs de vrais comédiens !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :