Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

Fast Food Stanislavski

Posted by Aurélie Delahaye sur 9 mars 2011

[eng]

The « fast food Stanislvaski » method, from Keith Johnstone, is not only a way to create characters, it also helps to create stories from basic platforms.

[fra]

C’est en partie grâce aux Improfessionals que Keith Johnstone est devenu une source d’inspiration pour moi en impro, et c’est un grand plaisir de pouvoir travailler Keith avec eux. J’ai donc participé au récent workshop de Mark, « Fastfood Stanislavski ».

Le principe (exposé dans son livre, Impro for Storytellers) : on improvise une scène avec une liste en main. Cette liste a un titre qui définit une attitude globale « être ennuyeux », « être sexy », « séduire un homme », « être le meilleur », etc. En dessous de ce titre, une série d’actions qui correspondent au titre. Les actions sont courtes, directement applicables dans la scène, et peuvent se répéter à loisir. Par exemple, si l’on a une liste intitulée « être content », on pourra trouver « rire chaque fois que son partenaire parle » ou « toucher les objets de son partenaire ». On choisit une des actions, puis, lorsqu’on sent qu’on a besoin de renouveau, on passe à une autre des actions. Mark a beaucoup rythmé et nous faisait changer assez rapidement, avec pour consigne « ne choisissez pas l’action, prenez la première sur laquelle vous tombez ».

En commençant à utiliser les listes, très vite, on s’est aperçu qu’il était difficile de créer des liens entre nous et nos partenaires. Les actions de notre liste avaient le focus, et nous n’arrivions pas à vraiment interagir. C’est là que Mark a bien précisé que cette liste n’est là que pour nous donner une « attitude ». Notre personnage et la scène en sont indépendants. Il est important de bien ancrer ça dans notre démarche, car c’est comme ça que nous pourrons également créer une histoire. On peut ainsi être un gros grincheux qui a la liste « être content ». On peut aussi être à un évènement très positif avec la liste « être ennuyeux ». Et Mark s’est d’ailleurs beaucoup amusé avec ça !

Il nous a fait jouer des scènes où nous avions tous la même liste, et une situation plus ou moins opposée (liste: « être content », situation: « après l’enterrement d’un membre de la famille »), des scènes où nous étions deux et avions des listes opposées, d’autres où nous avions des listes complémentaires (« séduire un homme », « séduire une femme »), et parfois, nous tirions les listes au hasard. On a également créé des listes, dont Mark nous donnait le titre, et c’est nous qui définissions les actions.

Improviser avec ces listes a vraiment été une super expérience ! Et puis je crois que je n’avais jamais autant ri en séance d’impro ! Un petit retour d’expérience:

  • Vous le savez déjà, je suis fan d’improvisation dirigée. Je trouve, entre autres choses, que cela enlève la pression des joueurs et aide à libérer la spontanéité. Ici, on a le même effet. Pas besoin de savoir quoi faire, c’est écrit sur la liste. On peut apprécier les silences s’il y en a, car on garde une attitude dans ces silences. Pas de risque de se demander ce que l’on va pouvoir dire, car le principe est d’appliquer l’action tout de suite, ce qui pousse vraiment à ne pas réfléchir à ce qu’on va dire et à être spontané.
  • Nos personnage ont du corps ! Et pour cela il vous suffit d’adopter un personnage en début de scène (juste en choisissant un métier par exemple, ou une relation entre deux personnes). Les actions qui vont émaner de votre partenaire, et celles qui vont venir de vous vont vraiment aider à définir une relation, et à donner de la consistance à vos personnages et à l’histoire. C’est assez paradoxal avec ce que je disais au début de l’article, mais au fur et à mesure des scènes, on sent vraiment venir les choses. Il faut bien sûr, se laisser impacter par l’autre, ce qui n’est pas évident au début.
  • On peut tout créer à partir de rien. Evidemment, en impro on a souvent les mêmes situations qui reviennent, et heureusement, elles aboutissent à des scènes différentes, mais ici, c’est vraiment flagrant. On peut partir des choses les plus simples et aboutir à des situations bien établies, sans effort (on dirait que je vous vends le dernier régime à la mode). Deux amoureux dans un café, autant de possibilités que de listes et d’improvisateurs différents.
  • La liste ne reste qu’une liste. Une même « action » pourra être jouée de manière très différente selon le répondant que l’on a en face. Comme je le disais plus haut, il faut se laisser impacter. Dans deux scènes différentes, j’ai vu un personnage vraiment joyeux, et un très angoissé, avec pourtant la même liste « être le roi de la fête ».

Si vous avez l’occasion de travailler cette méthode dans votre troupe, qui est bien plus qu’une simple méthode de personnages, car elle aide la narration et la spontanéité, foncez !

Et pour finir, voici l’article que Ouardane a écrit sur ce même atelier (je ne l’ai pas encore lu, histoire de ne pas vous faire le même feedback).

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5 Réponses to “Fast Food Stanislavski”

  1. ju said

    Intéressant.
    Comment ça se passe alors concrètment sur scène, il faut apprendre les listes, mais là on risque d être ds sa tête.
    Ou c est plus un exercice d atelier ?

    • Ouardane said

      Comme tu veux !

      Globalement, je pense que Johnstone l’imagine plutôt comme un exercice d’atelier. Le problème, c’est que ce n’est pas terrible d’avoir tous ces joueurs avec une liste à la mai qui la regardent de temps en temps. Une autre stratégie est de confier la liste à quelqu’un hors de scène qui crie les instructions au joueur sur scène, c’est sans doute déjà plus « regardable ».

      Sinon, on peut improviser sa liste, et garder en tête le titre et l’objectif et inventer ses propres actions sur le moment, sans que la scène parle de ce qu’on fait (je peux me fixer comme titre de liste dans une scène « être perçu intelligent », et faire une scène où je me fais virer par mon patron, ou une scène où je quitte ma femme. Seulement, mon personnage citera sans doute des articles de lois à tout bout de champ, ce qui n’est pas dans les listes originales de Johnstone mais qui peut être très adapté à la situation et à ma liste improvisée.

      J’ai également vu des gens l’adapter sur scène en rendant les listes très simples (deux ou trois éléments). J’ai tendance à préférer les listes plus longues, mais à partir de 5/6 éléments, on peut déjà créer quelque chose…

  2. […] Keith Johnstone qui s’appelle Fast Food Stanislavski (voyez par exemple les articles ici et ici). Cet exercice met en pratique le concept de super-objectif, qui consiste à dire qu’un […]

  3. […] l’ombre, le bouffon Le Fast-Food Stanislavski est une technique de Keith Johnstone décrite ici. Dans le cadre de cet exercice, ce sont donc les archétypes précités qui font l’objet de […]

  4. […] l’ombre, le bouffon Le Fast-Food Stanislavski est une technique de Keith Johnstone décrite ici. Dans le cadre de cet exercice, ce sont donc les archétypes précités qui font l’objet de […]

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