Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

Eurêka

Posted by Yvan_R sur 5 août 2012

[eng]

Recent articles in magazines showed tha the concept of « creativity » still suffers from various misconceptions.

[fra]

Coup sur coup, deux magazines ont écrit sur la créativité. Dans le numéro de juin 2012, c’est d’abord le magazine Sciences Humaines qui titrait un numéro spécial Comment naissent les idées nouvelles?. On trouvait aussi en kiosque le magazine Clés, qui affichait dans sa rubrique « Psychologie » (Juin-Juillet 2012) un article titré Créatifs: comment leur viennent les idées. Jolie coïncidence, mais pas de quoi vous précipiter sur les archives de ces deux journaux, tant les articles proposés ne faisaient finalement qu’enfoncer des portes ouvertes.

Un peu toujours les mêmes poncifs: tout le monde peut être créatif (certes, cela mérite d’être répété), les idées ne viennent pas forcément toutes seules, la création reste un mystère dans bien des cas. Quelques analyses intéressantes de créateurs célèbres (Steve Jobs, Albert Einstein) et surtout une typologie (dans SH) qui témoignait d’une bonne recherche, mais on restait dans les deux cas au niveau des évidences. Je fais un peu le rabat-joie, mais c’est parce que j’estime qu’on pourrait s’attendre à des réflexions plus approfondies dans ces magazines de qualité (et je ne flatte pas dans le vide, je pense sincèrement qu’il y a là de la bonne littérature – je veux juste aller un peu plus loin).

Une grande partie de la littérature sur la créativité est un consommé de bullshit, sur des soi-disants « techniques » pour vous rendre créatif. C’est un peu à la mode, c’est trendy, on se dit que ça fera bien dans le salon. Mais les conseils donnés reviennent souvent à rendre « mécaniques » des jeux de créativité – et je dis ça parce que j’ai déjà vu bon nombre de brainstormings échouer misérablement, faute d’avoir saisi tous les facteurs en jeu lorsqu’on parle de créativité.

La créativité est une attitude. Vous voulez changer le monde. Le monde est mal fait, et vous voulez le mettre en ordre. On est créatif dès le moment où on cherche (et généralement, trouve) des solutions, parce qu’on a vu (et généralement, analysé) un problème pertinent. Alors les techniques, les boîtes à outils… c’est bien joli, mais ça marche quand d’autres ont déjà passé par là. Devant des problèmes inconnus, il faut échouer, transpirer, échouer et transpirer encore (et encore échouer, probablement).

Pour être créatif, il faut donc refuser l’idée de perfection. Il y a un nouvel effet de mode dans les bouquins de développement personnel: la célébration de l’imperfection. Pour l’instant, le phénomène se limite à la littérature anglo-saxonne. J’aurais bien aimé que Clés et Sciences Humaines se penchent là-dessus, sur ce changement de paradigme. La fin du XXe siècle nous a fait croire que tout était possible, que « quand on veut, on peut ». Le mythe du self-made man est encore prégnant dans les mentalités. De là, on a cru bien faire de pousser le perfectionnisme, l’exigence d’exactitude comme un standard à atteindre le plus souvent possible.

Changement de paradigme, donc: on se rend compte que les perfectionnistes deviennent des névrosés, crispés par la peur de l’échec. Et qu’ils suivent les directives, les voies classiques, plutôt que de chercher à créer de nouvelles manières de fonctionner. Il faut lire Out of our Minds de Ken Robinson (ou le voir sur TED) pour comprendre comment nos écoles limitent dramatiquement le potentiel créatif des élèves. Il faut relire Johnstone pour se rappeler à quel point l’éducation peut brider l’imagination des enfants. Il faut écouter ZenProv et leur souci de ne pas mêler création et ego. Enfin, il faut jeter un coup d’oeil au projet Everything is a Remix pour comprendre que les idées nouvelles d’aujourd’hui ne sont que des rabâchages des idées d’hier.

En improvisation théâtrale (encore plus qu’ailleurs), on vous demande d’être créatif. Créatif dans l’attitude.

(Des conseils qui ont marché pour moi: croire à l’abondance des idées pour ne pas s’y accrocher; croire au jaillissement collectif des idées pour ne pas s’en attribuer la paternité, croire au fait que les bonnes idées sont des mauvaises idées auxquelles ont a laissé une chance de se développer, croire à l’échec comme une découverte de plus)

Publicités

Une Réponse to “Eurêka”

  1. Cid said

    Pour aller dans ce sens, Eric Abrahamson et David H. Freedman dans leur livre A Perfect Mess: The Hidden Benefits of Disorder (Un peu de désordre = beaucoup de profit(s)), révèlent à quel point le bordel est rentable en terme de créativité. Les gens qui sont trop rangés et perfectionnistes ont tout faux!
    Faites des erreurs et soyez bordéliques et vous aurez tout bon!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :