Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

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La plateforme ou l’essence du jeu

Posted by bullecarree sur 22 décembre 2008

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Without foundations, the house will collapse. Take time, work as a team, create a plateform, enjoy the moment…

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Keith Johnstone parle souvent dans son livre de la « Platform ». Même si je n’ai pas encore réussi à totalement déchiffrer tout ce qui se cache derrière ce mot, je vais quand même essayer d’en faire une première analyse.

A mon sens, la plateforme est la situation que l’on pose lors d’une improvisation. Lorsque la situation est claire, l’improvisation est constructible. Si la plateforme n’existe pas, alors les fondations sont instables et il est difficile de construire.

Les improvisations qui ont par exemple peu de chance de construction sont de 2 types:

  • celles dans lesquelles les improvisateurs ne prennent pas le temps de poser une plateforme, préférant en poser une autre vite à côté (pour cacher le boulot tout salopé) et ainsi de suite, ce qui donne une improvisation avec plein de situations mais qui ne décolle jamais. C’est plein d’énergie mais ça part tellement dans tous les sens qu’on ne s’en souviendra jamais. C’est dommage parce que nous nous devons de raconter une histoire au public. Une de mes amies qui fait de l’improvisation depuis maintenant 12 ans m’a dit qu’une belle improvisation est une improvisation qu’on peut résumer. Je suis d’accord.
  • celles dans lesquelles les improvisateurs cassent les plateformes, souvent par un gag sans rapport avec la situation. Je donnerai l’exemple de Charna Halpen dans le livre « Truth in Comedy »: une femme se dispute avec son mari et demande le divorce. Son mari lui répond avec détresse espérant la faire changer d’avis : « Mais chérie, tu as pensé aux enfants? ». Sa femme lui répond : « Nous n’avons pas d’enfant ». Bien sûr, cette réplique a déclenché l’hilarité dans le public mais la scène mis en place était à jamais détruite, tout ça pour un gag.

D’ailleurs, c’est pour cela que la construction est difficile pour les mixtes en match d’improvisation. Il est difficile de mettre en place une plateforme car il faut énormément d’écoute et de confiance de la part des improvisateurs. Parfois, la situation est rapidement établie. Parfois non, il faut alors du temps, ou de l’aide des improvisateurs qui sont sur les bancs. Mais ce qui est insupportable, c’est de voir rentrer des improvisateurs qui ne viennent pas pour clarifier la situation (pour un gag ou pour imposer leur plateforme sans avoir écouté). C’est lorsqu’une mixte est réussie qu’on découvre la virtuosité des improvisateurs.

C’est aussi une des raisons pourquoi je suis contre s’imposer un objectif (parfois pire, une histoire) lors d’un caucus en mixte. Ca revient à imposer une plateforme à l’autre équipe et vice-versa. Bref, 2 plateformes proposées et ensuite c’est à l’équipe qui arrivera à s’imposer. C’est stupide. Je préfère partir d’un personnage ou simplement d’une émotion. La plateforme apparaîtra d’elle-même sur scène.

Mais en lisant, tout ça, vous vous dites : « mais comment diable créer la plateforme ? ». Et bien, c’est tout simple, écoutez-vous et découvrez de quoi parle l’improvisation ! La plateforme n’est pas forcément le sujet de l’histoire, ça peut être aussi le format. Del Close appelle ça « Game moves in scene ». Il donne comme exemple une scène avec 5 improvisateurs jouant des candidats dans une salle d’attente. Tous attendent pour leur entretien d’embauche jusqu’à ce qu’un des candidats trouve un par un leur point faible et les convainc de quitter la pièce. La plateforme est donc « un par un, les candidat se font convaincre de sortir ».

Je pense que les improvisateurs les plus virtuoses sont ceux qui écoutent le mieux et comprennent donc plus vite la situation.

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L’impro ou le plaisir de se planter

Posted by bullecarree sur 10 novembre 2008

[eng]

Improv, or « enjoying failure ». Failing is good. Improvisation is about taking risks, going in unknown places. Sure, it’s scary but it is also exciting. So everything is positive, even failure. Keep the smile !!!

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Début 2008, je suis parti à Londres effectuer un stage avec Keith Johnstone et Patti Stiles. Tandis que Johnstone nous racontait des histoires passionnantes sur l’improvisation (normal, c’est un storyteller…), Patti Stiles mettait en pratique la philosophie de jeu établie par Johnstone.

Je parle ici de philosophie et non de théorie car je pense qu’il est impossible de théoriser l’improvisation, de la réduire à des processus logiques. Par contre, lui donner une âme, c’est faisable.

Bref, pendant ce stage, un exercice proposé par Patti Stiles m’a vraiment troublé et je crois qu’il est la pierre angulaire de la philosophie de Johnstone, et de l’improvisation en général.

Cet exercice, c’est le « Die! », c’est à dire « Meurs! ». Au premier abord, ça fait peur mais quand je vais vous raconter la suite, vous allez vous recroqueviller sur vous-même. L’exercice est très simple, il y a un « chef d’orchestre » et le reste du groupe se place en arc de cercle devant. Le « chef » pointe du doigt une personne A qui narre l’histoire et dès qu’il pointe une autre personne (B), la personne A s’arrête de parler et c’est B qui continue l’histoire, etc… Sauf que si un joueur bégaye, ne reprend pas exactement la où l’histoire s’arrêtait, ou dit n’importe quoi d’incohérent par rapport à l’histoire, le groupe ou le « chef » crie « Die! », c’est-à-dire « Meurs! ». Le chef revient dans le groupe et le joueur qui s’est trompé devient le nouveau chef d’orchestre pour une nouvelle histoire.

Vous allez me dire : mais quel affreux exercice, c’est ignoble ! Mais attendez, je n’ai pas raconté le principal. En fait, si on est le joueur qui vient de se tromper, il faut garder le sourire. Et c’est ça le plus important. Car même si on est éliminé, on doit rester positif. Au début, ce n’est pas facile parce que c’est désagréable de se faire éliminer en entendant « Meurs! » mais en souriant, on réalise que ce n’est pas si grave de se tromper. A la fin, un joueur qui se trompe en vient à crier « Die! » en même temps que le groupe ou même avant, avec encore plus le sourire. Tout le monde s’amuse et on en oublie que ce mot « Meurs! » est quand même violent.

D’ailleurs, je pense que Johnstone n’a pas choisi ce mot au hasard. Il fait très peur car il parle de la mort. Mais en surpassant cette peur, on aura du plaisir à jouer et on se fera au plaisir de se tromper.

Je pense que cette philosophie d’ignorer la peur de se tromper se retrouve dans tous les enseignements d’improvisation mais c’est la première fois qu’elle était aussi bien présentée dans un exercice.

Il y a un autre exercice qui fait parti de l’édifice philosophique de Johnstone. C’est le « Again! ». A deux, on raconte une histoire, un mot à la fois. Si on n’est pas satisfait de la tournure de l’histoire, alors on crie « Again! » en levant les bras et on recommence. Et là encore, si on crie « Again! », il faut le faire avec le sourire. Une histoire « meurt » mais une autre commence.

Tout l’enseignement de Johnstone repose sur cette option de pouvoir terminer les improvisations quand on le souhaite. Inutile de souffrir si la scène ne marche pas, passons à autre chose et toujours avec le sourire. Cet exercice est par contre uniquement destiné aux formats de jeu créés par Johnstone : Micetro, Gorilla Theatre, etc… et non pour le Match d’Impro par exemple (car dans un match, les impros sont chronométrées et ne peuvent pas s’arrêter comme on le souhaite).

Il est donc difficile de comprendre les exercices de Patti Stiles et de Keith Johnstone si on essaye de faire des rapprochements avec le match. Il y a pourtant des similitudes de philosophie avec l’exercice du « Die! » mais pas avec celui du « Again! » par exemple.

Bref, moi qui étais habitué au match d’impro, ce stage m’a ouvert sur une autre philosophie de jeu, pas forcément bonne ou mauvaise, mais différente et riche.

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