Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

Archives d’un auteur

La connexion (épisode 2) … A privilégier dans une mixte, bien avant le caucus.

Posted by Cid sur 11 décembre 2011

[eng]
In a scene, the connection between players is to be preferred above all! Even before the scene, even before your caucus. If your priority is the link with the other player, your ideas will not be described as harsh or too polite, but clear.

[fra]

Cet article fait suite au premier article sur la connexion en improvisation.

En France, les mixtes posent souvent des difficultés.
En effet, les compagnies s’invitent les unes les autres pour se rencontrer au cours d’un match d’improvisation.
Ce qui fait, que les improvisations en mixte impliquent d’entrée des joueurs qui se connaissent peu voire pas du tout, armés d’un caucus différent.

Ainsi, le démarrage d’une mixte se déroule très souvent selon deux scénarios:

Scénario A:
« Je te regarde, tu me regardes, je fais une action, tu fais une action, je regarde l’action que tu fais, tu regardes l’action que je fais, je lâche un bout de mon caucus, tu lâches un bout de ton caucus, on arrive à trouver une situation qui respecte nos deux caucus parce qu’on est des gentils, ah ben oui, mais là on y arrive pas, ha bon, ben on va attendre encore un peu, ben oui, on va attendre encore un peu, d’accord alors on attend encore un peu »…..
Bilan -> L’impro met des plombes à démarrer, rien n’est clair, il n’y a pas de plateforme établie, personne ne se positionne par rapport à l’autre; on ne sait pas qui sont les personnages, quelles sont leurs relations, où ils sont. Par trop politesses et d’hésitation, 80% des mixtes sont donc confuses.

Scénario B:
« Je suis Lucky luke, je dégaine mon caucus plus vite que mon ombre, t’inquiète, je m’occupe de tout! Cette impro je vais la gérer, par contre évite de me déranger. »
Bilan -> Truuuuuuiiiiiiiiitttttt !!!! Vous vous retrouvez avec un coup de sifflet dans les oreilles pour faute de rudesse. Personnellement, je dirais plutôt que le lien ne s’est pas créé entre les joueurs. La scène ressemble davantage à une lutte de pouvoir qu’à un processus créatif.

Comment trouver l’équilibre entre la rudesse et la politesse? Et bien je dirais que se poser cette question c’est aborder le problème de travers.
Lorsque vous abordez une mixte, la priorité des priorité est la connexion avec l’autre joueur. Plus que l’impro, plus que de faire une scène réussie, c’est de créer un lien avec l’autre.
Dans les premières secondes, vous pouvez entamer l’impro avec une action, comme on vous l’a appris, mais il faut que vous ayez deux choses en tête en priorité:
1) « Le lien avec cette autre personne existe. J’en suis sûre. S’il n’y est pas, il va se créer, c’est sûr. »
2) « Cette personne va être heureuse avec moi. Elle va être bien avec moi, elle n’a pas à s’inquiéter, je vais prendre soin d’elle. »

Avoir ces deux mantras en tête entraine plusieurs choses:

  • Le joueur a beaucoup moins peur de se lancer dans une improvisation si son attention se porte sur le lien avec l’autre, que sur sa propre compétence à réussir une scène.
  • Il démarre l’improvisation de manière positive.
  • Il tranquillisera l’autre joueur, et contribuera à faire baisser sa peur.
  • Quand le lien est établi, aucune idée n’est prise pour de la rudesse, étant donné qu’elles se font dans l’axe du lien.
  • L’écoute n’est plus de l’ordre de l’effort, le lien fait qu’elle est là.
  • Vous n’exploiterez que la partie nécessaire de votre caucus, voire l’abandonnerez s’il va à l’encontre du lien.

Et si la personne en face n’est pas dans le lien, qu’elle se comporte comme un Lucky Luke, qu’elle entre directement dans une relation négative ou conflictuelle.
Ne perdez pas courage, il y a plusieurs petites astuces pour la mettre dans le lien:

  • Regarder la dans les yeux en répétant ce qu’elle vient de dire. Cela a pour effet de renforcer la connexion.
  • Ne lâchez pas ces deux mantras! Jamais! Jusqu’à la fin, ne lâchez rien!
  • Soyez encore plus positif, encore plus enthousiaste face à ses propositions.

Et si, malgré tout, ça ne fait rien? Une bonne tactique est de trouver un prétexte pour quitter le scène. En lui faisant miroiter la menace qu’il va se retrouver seul, il a de bonnes chances de se mettre dans le lien. Et si malgré tout ça ne fait toujours rien? Ah ben là, monsieur madame, j’ai plus de solution. On peut pas sauver toutes les impros, et tout ne peut dépendre que de vous.

Ne négligez pas non plus toutes les petites choses qui rendront l’atmosphère propice à la connexion entre les joueurs.

  • Si les préparatifs du spectacle sont à peu près en place.
  • Si vous soignez l’accueil des joueurs à leur arrivée.
  • Si l’échauffement commun avant le spectacle se fait davantage dans l’établissement du lien, que dans le challenge pour savoir lequel sera le plus drôle.

Vous instaurerez alors une atmosphère de confiance, de bienveillance, ayant pour effet de faire baisser la peur et de libérer la créativité de tous. (voir cet article sur l’improvisation et le cerveau).

Références :
(1) Acting on impulse. The art of making improv theater – Carol Hazenfield
(2) Sanford Meisner On Acting – Sanford Meisner & Dennis Longwell
(3) Stage d’improvisation mené par les Improfessionals du 17 au 19 juillet 2009 (http://www.improfessionals.com)

Posted in technique | Leave a Comment »

La connexion: plus fort que le « OUI », plus rapide que l’écoute (épisode 1)

Posted by Cid sur 19 octobre 2009

foudre[eng]

If you want to promote Improvisation theater as an art form, seek for spontaneity and truthfullness, for that, try connections. Connect with your environment and your fellow partner, go back to your instinct and obey to the impulse of your body.

[fra]

Lorsqu’on débute l’improvisation, on nous enseigne deux choses fondamentales pour improviser : « Ecouter » et dire « Oui et…! » Ne rejetons pas ces tuteurs qui nous ont permis de grandir ! Ils sont non seulement un premier pas essentiel pour apprendre l’improvisation, mais aussi un premier pas difficile à faire, car dire oui à une proposition qui n’est pas la nôtre, c’est dire oui à l’inconnu, ce qui implique une histoire de peur à surmonter.

On apprend donc à jouer du mécanisme :
J’écoute- J’accepte- Je propose, J’écoute- J’accepte- Je propose, J’écoute- J’accepte- Je propose.

Et puis, à force de pratiquer, on sent qu’on peut réduire ces trois étapes en une : Connecter !

La démarche est très instinctive : elle consiste à se dire : « Ce qui me fait réagir c’est l’autre (celui avec qui je joue) et mon environnement. » (4) L’avantage majeur de cette connexion est qu’elle induit des actions authentiques et spontanées.

image-meisnerSanford Meisner, pour un jeu d’acteur en quête de vérité :
Un des grands précurseurs de cette technique est Sanford Meisner (1905 – 1997). Sanford Meisner était à l’origine un élève de Lee Strasberg (fondateur de l’Actor’s Studio). Gêné par l’aspect affectif de sa méthode (utiliser sa mémoire affective pour jouer les émotions), Sanford Meisner a développé sa propre méthode d’enseignement du jeu d’acteur, en poussant ses étudiants à se fier à leur instinct et à leurs impulsions pour jouer.

Une particularité de son enseignement était « The repetition game ». Cet exercice consistait à engager un jeu de répétition de phrases avec son partenaire, où les seuls changements autorisés dans le dialogue étaient ceux dictés par l’instinct, les impulsions.

Extrait de « Sanford Meiner on acting » (2)
Deux étudiant Anna et Vince sont dos à dos, à un moment donné, l’épaule de Anna cogne le dos de Vince.
« You poked me in the back » / « Tu m’as cogné dans le dos »
« I poked you in the back »
« You pocked me in the back »
« Yes, I poked you in the back »
« Yes, you poked me in the back »
« Yes », rires … « I poked you in the back »
« What’s funny? » —- Ndt: Ici le changement est autorisé, car l’acteur subit une impulsion, qui est de ressentir de l’agacement face à sa partenaire amusée —-
« What’s funny ? » / « Qu’est-ce qui te fait rire? »
« What’s funny ? »

Etc…

Il poussait ses étudiants à entrer en connexion avec leurs partenaires, pour réagir selon un mode d’action-réaction (« the pinch and the ouch » / « Le pincement et le aïe »), loin de tout processus intellectuel.

« Don’t do anything unless something happens to make you do it » / « Ne faites rien à moins que quelquechose n’arrive et ne vous y pousse! »

« What you do doesn’t depend on you; it depends on the other fellow! » / « Ce que vous faites ne dépend pas de vous, mais de vos partenaires de jeu! »

Il qualifiait l’esprit de son enseignement en ces termes:

« My approach is based on bringing the actor back to his emotional impulses and to acting that is firmly rooted in the instinctive. It is based on the fact that all good acting comes from the heart, as it were, and that there’s no mentality in it. » / « Mon enseignement a pour but de ramener l’acteur à ses impulsions émotionnelles, et pour jouer cela, il faut être solidement ancré dans son instinct. Cela se fonde sur le fait que tout bon jeu vient du cœur, ainsi il n’y a aucun processus intellectuel là-dedans. »

Meisner et l’improvisation théâtrale:
Dans les années 90, une des critiques majeures faite à l’encontre des spectacles en long format produits sur Chicago (EU), était que malgré tout le discours qu’on tenait sur la vérité dans la comédie (« Truth in comedy », enseignée à iO de Chicago), la plupart des troupes tombaient dans la répétition des trucs et astuces pour construire et faire rire, se rapprochant dangereusement de ce qu’on voyait dans les formats cours du « ComedySportz. » (3)

Deux improvisateurs de Chicago : Rob Mello et Kevin Mullaney, ont réagi à cette critique en produisant un long-format appelé « Naked », où toutes les astuces de construction (tag-out, etc…) étaient bannies, une seule chose était autorisée : « Jouer et seulement jouer ! » Pour former les étudiants à la pratique de ce format, Mello et Mullaney ont appliqué les techniques de Meisner au « Center theater » de Chicago, dans le but de promouvoir l’improvisation comme un art, et non le réduire à un simple divertissement.

« People go into improv wanting to be funny. Deep down inside, improv is about being vulnerable and not having to be funny. This is what you need to do to be a good actor. You need to be vulnerable on stage. » / « Les gens vont faire de l’impro pour être drôles. Au delà de ça, faire de l’impro c’est être vulnérable, sans chercher à être drôle. C’est ce dont vous avez besoin pour être un bon acteur. Vous devez être vulnérable sur scène. » Jim Jarvis, improv director at Center theater in Chicago (3).

La connexion et nous :
L’énorme avantage de cette connexion est qu’elle est totalement spontanée et authentique : on se fie à nos impulsions corporelles et à notre instinct pour agir. De plus, le corps a l’avantage d’être dans l’instant présent, contrairement à notre tête qui se projette dans le passé ou le futur (1). La connexion est donc supérieure à l’écoute et l’acceptation, car son mode d’action ne peut se faire qu’en relation avec nos partenaires de jeu et notre environnement. Nos actions ne résultent que d’un mode d’action réaction (Pinch & Ouch) avec nos partenaires et notre environnement.

Dans l’épisode 2 de cet article, je dévoilerai quelques exercices et techniques pour travailler la connexion en improvisation.

Références :
(1) Acting on impulse. The art of making improv theater – Carol Hazenfield
(2) Sanford Meisner On Acting – Sanford Meisner & Dennis Longwell
(3) The art of Chicago Improv – Rob Kozlowski
(4) Stage d’improvisation mené par les Improfessionals du 17 au 19 juillet 2009 (http://www.improfessionals.com)

Posted in théorie | Tagué: , , , , | 5 Comments »

Dreamteam… Tout n’est pas une affaire de niveau!

Posted by Cid sur 11 mai 2009

[eng]

If you have to choose improvisers for a show, don’t believe that a good team is mainly composed of good and experienced players. Compare improvisation to a river, and compose your team to make the river flow.

[fra]

fleuvePour préparer un spectacle d’improvisation, le « coach », le « chargé de sélection » ou le « directeur artistique », doit désigner les comédiens qui joueront sur scène. Le premier réflexe, est de composer le groupe en considérant le niveau de jeu de chacun. De manière caricaturale : « Mettons deux bons, un moyen et un débutant, ça fera un spectacle honorable! » Pourtant, on constate fréquemment que cette règle est loin de garantir la réussite d’un spectacle, voire même, on est surpris d’assister à des spectacles réussis alors qu’on considérait l’équipe sélectionnée comme « faible ».

C’est ce que j’aime dans l’impro : son imprévisibilité, sa manière de dérouter les esprits cartésiens, de faire voler en éclat les règles élémentaires. On ne peut commander les moments de magie, ils arrivent ou pas, mais notre volonté est impuissante pour « forcer » leur venue.

Cependant, faut-il composer une équipe n’importe comment ? Non ! Sûrement pas ! Je ne tomberai pas dans la démagogie qui consisterait à vous commander de tirer au sort les noms des comédiens dans un chapeau, sous prétexte qu’il n’y a aucune différence entre les uns et les autres. Chacun a sa couleur de jeu, la diversité est une richesse alors autant en profiter.

Là où je pense qu’on se trompe, c’est qu’en ne considérant les choses que par la petite lucarne du niveau de jeu, on considère l’impro comme quelque chose de statique :

deux joueurs de niveau 3
+ un de niveau 2
+ un de niveau 1
= un spectacle de moyenne 2,25 soit « moyen + ».

Or l’impro n’a rien de statique, elle a tout de dynamique !

Il faut l’imaginer comme un cours d’eau qui doit circuler de manière fluide, abondante, et énergique. Pour circuler, le cours d’eau a besoin d’un lit, de débit et éventuellement de quelques rapides. En impro, le lit du fleuve sera le « constructeur », le débit, le « huileur » (terme qui n’existe pas dans le dictionnaire et que je définis plus bas…), les rapides, « le puncheur », la barque sur le cours d’eau, « le suiveur ». Hors de question d’enfermer les joueurs dans des boîtes en les cataloguant comme puncheur exclusif ou suiveur désigné. Dans une même improvisation, le puncheur pourra passer en huileur, le constructeur en suiveur, etc… Cependant, comme je le disais, nous avons notre propre couleur de jeu (même si elle est en constante évolution), et donc nous avons une ou des caractéristiques dominantes (huileur, puncher, suiveur, constructeur). Ainsi, pour composer le groupe de comédiens qui jouera en spectacle, il faut vous baser sur le concept du spectacle, et voir comment vous voulez faire circuler votre cours d’eau. Sur un short-form (catchimpro, theatersport…) voyez le comme un torrent des montagnes. Sur un long-form (un Harold, une pièce montée, ou un Deux ex-machina…) apparentez le à un grand fleuve.

Une fois que cela est fait, il faut faire votre choix pour faire circuler votre cours d’eau.

  • Le constructeur creuse le lit en construisant la situation et en donnant la direction.
  • Le huileur accentue le débit dans le lit en voyant les idées naissantes et en venant les renforcer.
  • Le puncheur, artiste de la blague et du bon mot, est le rapide qui amuse et met du relief.
  • Le suiveur se laisse porter.

Cependant, il faut doser… Sinon, le cours d’eau n’est plus praticable. Par exemple :

  • Si chaque comédien s’amuse à être constructeur, on voit une succession d’idées non exploitées, rien ne décolle. Inutile de décrire ce qu’il peut donc se passer s’il n’y a que des suiveurs qui ne donnent aucune direction.
  • Les punchers amusent, mais mettent des « secousses » dans l’histoire. Il faut donc qu’ils aient comme acolytes de bons huileurs et de bons constructeurs pour recanaliser le cours d’eau après la secousse.
  • Les « huileurs » doivent savoir se mettre en retrait ou en suiveur quand la trame est bien installée, que les idées sont bien identifiées, et que les connexions sont faites.

Suivant le concept du spectacle, il faudra donc adapter : un torrent a besoin de rapides, un fleuve a besoin d’un grand lit, par contre, les deux ont besoin de débit !

Les meilleurs alors ? C’est qui ? Les punchers ? Les huileurs ? Les constructeurs ? Les suiveurs ? Difficile à dire: il y a de très bons punchers, et de très bons constructeurs! Des couleurs de jeu si différentes sont difficiles à comparer!

Cependant, certains joueurs arrivent à être complets et exercer chaque fonction de manière équilibrée. Je les appellerais des caméléons. Alors, forcément… Les très bons caméléons sont ceux devant lesquels on ne peut que s’incliner! Ils ont assez de souplesse de jeu pour passer d’un rôle à l’autre très rapidement et de manière très fluide : ils savent construire, soutenir, suivre, se mettre en retrait quand tout va bien, ou puncher quand la narration est assez consolidée pour se le permettre…

Mais rares sont les très bons caméléons !

Donc compliquée est la tâche des chargés de sélection !

Cette théorie bien que plus compliquée que celle qui consiste à ne prendre en compte que le niveau de chacun, ne donne pourtant toujours aucune garantie ! J’éviterais donc de donner une recette, pour savoir combien il faut de punchers, de huileurs, de suiveurs ou de constructeurs pour composer une équipe. Sans compter que beaucoup d’improvisateurs cumulent généralement au moins deux caractéristiques.

Cependant, composez la en ayant à l’esprit qu’il faut que le flux circule entre les joueurs.

Posted in technique, théorie | Tagué: , , , , | 7 Comments »