Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

Archive for the ‘écoles d’impro’ Category

Une question aux pratiquants du Match d’Improvisation Théâtrale… Ouvrons le dialogue!

Posted by Ian sur 9 août 2008

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Let’s talk about the Match d’Improvisation and share our best practices

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En réponse à un commentaire de Nabla posté ici, je souhaite ouvrir le dialogue avec les pratiquants du Match d’Improvisation et récolter vos témoignages. Je pars avec certainement beaucoup de préjugés, mais j’aimerais vraiment ouvrir le dialogue avec les pratiquants du match sur votre pratique et sur votre préparation du format. L’idée qui a émergé dans les commentaires étant que pour améliorer le match, il faut améliorer sa préparation.

J’ai envie de poser la question à tous ceux qui passent sur ce blog: combien d’entre vous s’entraînent vraiment au “format” Match d’Impro? Combien discutent ensemble du pourquoi de chaque élément du match, de son rôle? Le faites-vous régulièrement? En début d’année seulement? J’ai l’impression que beaucoup de troupes s’entraînent aux catégories du match, et font des exercices d’impro pour améliorer leurs qualités générales d’improvisateurs (acceptation, mime, écoute, etc…), mais les troupes d’impro en France préparent-elles réellement le “format” Match d’Impro? Si oui, comment faites-vous? Est-ce que vous en discutez beaucoup? Est-ce que vous avez des exercices particuliers? Est-ce que vous faites des mini-matchs en séance? Est-ce que vous trouvez que c’est suffisant? Est-ce qu’il y a des “stages de match” en France? Comment s’organise l’enseignement du Match d’Impro en France? J’imagine que l’enseignement le plus « officiel » se trouve auprès des ligues “pros”. Pour ceux qui ont suivi les ateliers des ligues “pros” (je pense à la LIFI), est-ce que ces question y sont abordées? Pour ceux qui ont eu la chance de travailler avec Pierre Martineau, ou pour nos amis québécois, même question, comment ces questions sont-elles abordées chez vous?

En gros, je m’adresse à tous les pratiquants du match en France [Edit, suite au commentaire de Finpoil:] et ailleurs:
(1) Comment vous entrainez vous au format?
(2) Quelles sont vos recommandations pour bien le préparer?
(3) Que trouvez-vous qu’il manque dans l’enseignement du format?

Voici les trois principales questions que je souhaite poser. Si vous êtes en mesure de répondre aussi aux questions posées plus haut, n’hésitez pas!

C’est peut-être l’occasion de faire le point sur la filiation du match en France. Depuis son arrivée il y a une vingtaine d’années en France avec des équipes venant du Québec, comment le Match s’est il transmis? Un certain nombre de « ligues professionnelles » se sont formées, mais à un moment, il me semble que le « monde amateur » s’est emparé du format. Tous les témoignages sont les bienvenus.

NB: De très belles vidéos sur l’histoire de la LNI sont disponibles ici, je vous invite à les regarder. De même, on pourra consulter avec profit cet article sur le site de la LIP par Elise Ghienne sur la mémoire de l’improvisation en France.

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Impro dirigée VS impro libre?

Posted by Aurélie Delahaye sur 20 juin 2008

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Impro can be either directed, or not. It means that the improvisers are led by a director that gives sometimes a situation, sometimes emotion, sometimes tells what is happening. Or they are totally free. These two styles often fight, and they shouldn’t, because they are both great for the audience if they are well done, and can both teach something to the improvisers.

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Lorsque j’ai fait mon voyage à Chicago et à Calgary, j’ai pu rencontrer deux types d’impro bien différents, l’improvisation libre (Chicago), et l’improvisation dirigée (Calgary). Qu’est-ce que cela signifie ? L’improvisation libre est celle construite uniquement par les improvisateurs qui sont sur scène. Cela ne signifie pas pour autant « improvisation libre » à la française (match), c’est à dire sans aucune catégorie, ni format qui sous-tend l’improvisation. A Chicago par exemple on peut voir beaucoup de Harold, le fameux format créé par Del Close: le spectacle a une structure bien définie. Mais les improvisateurs mènent leur barque, seuls, et ensemble. Comme me le disait un professeur là-bas : « nous prenons tout ce qui est sur scène comme quelque chose d’acquis, si quelqu’un fait une erreur ou quelque chose qui ne convient pas, eh bien nous jouons avec, nous construisons dessus, c’est au groupe de soutenir tout ce qui est posé ». Et cette personne ajoutait d’ailleurs qu’elle ne comprenait pas l’improvisation dirigée, qui, selon elle, brimait les improvisateurs et tendait à les juger.

L’improvisation dirigée, elle, est guidée par un directeur. Les improvisateurs qui sont sur scène et construisent le spectacle (qui suit un format, la plupart du temps) se voient donner des indications sur ce qu’ils font, l’endroit où ils sont, les émotions qu’ils ressentent etc. Le directeur est là pour donner un point de vue extérieur à la scène, et pour l’aider à avancer. Il est celui qui voit l’évident lorsque les improvisateurs, pris dans leur scène, ne le voient pas. Il est aussi celui qui enlève toute pression aux improvisateurs. Pas besoin de se demander sans cesse si l’on aura des idées, et si celles-ci iront dans le sens de la construction d’une histoire, car le directeur est là pour aider si l’improvisateur patine. Est-ce à dire que l’improvisateur ne fait rien? Non, car justement, le but est qu’il puisse faire. J’ai expérimenté des scènes où l’évidence des sentiments ou de la continuité de l’histoire, apparaissaient beaucoup plus facilement, parce que le cerveau se relâchait. L’impro dirigée ouvre donc la voie de la spontanéité. Vous l’aurez compris, j’aime ce genre d’improvisation. Il est d’ailleurs très développé par Keith Johnstone dans nombre de ses formats.

Florian parle à Lily bis

Mais malgré cela, je ne comprends pas que l’on s’oppose autant, entre les deux styles. Pourquoi l’un serait-il meilleur que l’autre? Ce sont juste deux styles bien différents, et qui ont chacun leurs travers et leurs bienfaits. L’improvisation dirigée, doit être bien menée. J’ai entendu par exemple à Calgary: « le directeur ne doit pas penser en tant qu’improvisateur, à ce qu’il aurait fait lui sur scène, il doit vraiment s’interroger sur ce qui est déjà sur scène, et doit fournir ce dont la scène présente a besoin« . Il pourra donc arriver à un directeur de dire « reviens en arrière de quelques instants, et réagis de manière émotionnelle à ce que vient de dire ton partenaire ». Il ne détruira pas la scène malgré ces quelques secondes de flash back, il aidera à construire sur ce qu’a posé l’autre improvisateur. Mais le directeur ira trop loin s’il ne laisse aucune marge de manœuvre aux improvisateurs, ou s’il impose à l’improvisateur une réaction qui aurait été la sienne mais qui ne correspond pas à celui-ci. Si l’on tombe dans ce travers de vouloir rendre la scène telle que l’on voudrait qu’elle soit, alors le spectacle dirigé ressemble à ce qu’on lui reproche parfois d’être: une souffrance pour les improvisateurs, et une impression pour le public, d’être en train de regarder un cours d’improvisation qui ne lui est pas destiné.

L’improvisation libre, quant à elle, permet plus de liberté aux improvisateurs. Et l’on vient aussi voir de l’improvisation pour voir des comédiens échouer de temps en temps, car cela signifie qu’ils auront pris des risques (attention dans ce cas à échouer avec plaisir, car l’empathie du public le mènera à souffrir de nos échecs, si nous souffrons aussi). Le public peut donc bien accepter les erreurs, si elles sont assumées. Mais, le revers de la médaille, est que tout est joué à chaque minute. Par exemple, si un improvisateur sur scène a posé quelque chose d’intéressant, que le public aurait aimé voir exploiter, mais que son partenaire, dans un moment de stress ou d’égoïsme, est passé outre, on ne peut plus revenir en arrière, et l’on va voir la scène se détruire petit à petit, avec des improvisateurs qui se demandent où est l’histoire, avec peut-être l’un d’entre eux qui vit une frustration etc. D’un autre côté, lorsque les comédiens se font confiance, lorsqu’ils sont généreux, qu’ils se donnent dans l’impro à 100%, quel plaisir de les voir évoluer seuls sur scène, sans coupure d’un directeur, ni dans l’histoire, ni dans l’évolution de leurs personnages, ni dans leur engagement envers la scène.

Les deux styles sont donc intéressants à exploiter. L’un, l’impro dirigée, s’adresse peut-être plus aux improvisateurs en apprentissage, mais ce serait dommage de le réduire à un style de débutants, car la perfection en improvisation est impossible, et l’on a toujours quelque chose à apprendre. Pour le public également, avoir ces interventions peut constituer un grand plaisir, en tant que telles, et parce qu’elles vont permettre à la scène d’être meilleure. L’impro libre n’est pas non plus réservée aux improvisateurs expérimentés, elle permet aussi à chacun d’apprendre à prendre ses responsabilités et à jouer avec les autres. Et elle offre au public une belle continuité dans le spectacle. Travaillons les deux, nous n’en serons que meilleurs, et apprenons à prendre du plaisir dans l’un comme dans l’autre!

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Il y a quelque chose qui cloche dans le Match d’Impro…

Posted by Ian sur 13 juin 2008

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« Le Match d’Impro » has some specifities like the « Mixte » impro, where teams mix up to create scenes together. What seemed like a good idea in fact rarely works.

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Je n’arrive pas à me faire au Match d’Impro. Malgré ma dernière visite que j’avais moyennement appréciée, je suis retourné à la LIFI l’autre soir pour assister à la Finale. J’ai décidé d’y aller car nous avons en ce moment au sein de la troupe Eux un improvisateur invité venu de Chicago avec qui nous travaillons. Je n’étais pas particulièrement enthousiaste à l’idée de l’emmener voir un match, mais je voulais l’emmener voir de l’impro typiquement française, et le Match d’Impro reste le format le plus pratiqué ici. L’emmener voir des professionnels, c’était aussi lui montrer ce qui se fait de mieux, dans des conditions que peut d’équipes peuvent se permettre: salle prestigieuse, décorum impeccable, supporters nombreux (la salle était pleine)…

Qu’est-ce qui est constitutif du match? Après une discussion houleuse sur le forum d’Impro France, j’en suis arrivé à la conclusion que l’improvisation « Mixte » est l’élément constitutif du Match d’Impro. Le TheaterSports et le ComedySportz, deux formats compétitifs d’Amérique du Nord, possèdent aussi le décorum d’une compétition sportive. Mais, à ma connaissance, les équipes ne se mélangent pas pour improviser ensemble (ou rarement lors d’un spectacle). Alors que dans le match, la Mixte a une place de choix. Pour beaucoup, c’est en Mixte qu’on « improvise vraiment » car on ne peut pas se reposer sur son caucus, et que la présence de gens avec qui on n’improvise pas d’habitude rend leurs réactions imprévisibles.

Et pourtant, c’est de là que vient un comportement bizarre du Match. Comme dans beaucoup de formats compétitifs, le public vote pour l’impro qu’il a préféré. Le problème vient des critères sur lesquels le public juge l’improvisation. Chacun est capable de dire si une scène est bonne ou non. Personnellement, je pense que les scènes qu’on présente au public sont souvent si mauvaises qu’on apprend au public non pas à apprécier une bonne scène, mais plutôt à apprécier les éléments dans cette scène qui vont le faire rire: gags, cabotinages (souvent sexuels), jeux de mots, et bataille pour le pouvoir. Autant les gags, les cabotinages, les jeux de mots ne sont pas plus présents en Match d’Impro qu’ailleurs, autant je pense que la bataille pour le pouvoir et la recherche du contrôle sont fortement renforcés par les improvisations mixtes en Match d’Impro.

Après une Mixte, le public vote souvent pour l’équipe qui a « dominé » l’impro: ceux qui ont eu les statuts les plus forts, ceux qui parlent le plus fort, ceux qui s’imposent physiquement sur scène (par la violence ou le surnombre), ceux dont les idées sont suivies (par choix ou par nécessité). Parfois, on suit les choix de l’improvisateur qui va faire les meilleures propositions, ce qui est positif, mais rare. En effet, pour « obtenir le point » l’équipe tente souvent de contrôler l’impro. Le Match d’Impro renforce donc ce comportement, qui est pourtant déjà une difficulté à surmonter lorsqu’on improvise tout court: lâcher le contrôle n’est pas facile.

Je l’avais déjà souligné dans mon précédent billet: il y a une peur de lâcher le contrôle. Mais c’est mon invité qui me l’a fait remarquer concrètement. Les improvisateurs que nous avons vu à la finale ne disaient pas « Oui, et… » mais disaient constamment « Oui, mais… » C’est pratique: ça donne l’impression qu’on accepte, mais en fait pas vraiment. On dit « Oui » par convention, et notre cerveau fonctionne à plein pour expliquer pourquoi ça ne va pas marcher. C’est un moyen très élégant de garder le contrôle. Et c’est particulièrement triste, car alors qu’on voudrait voir les improvisateurs prendre des risque, le format valide ce genre de comportement en récompensant l’équipe qui est la plus experte à ce jeu-là.

Arrêtons de dire « Oui, mais… », essayons de dire « Oui, et… » et alors notre improvisation s’améliorera. Le public n’aura plus alors à se rattacher aux gags, cabotinages, jeux de mots et luttes pour le pouvoir. Peut-être alors qu’à nouveau il ne saura plus pour qui voter en mixte, non pas parce que c’était si mauvais, mais parce que c’était si bon…

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