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L’impro dans les grandes lignes…

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Il en faut peu… Très peu… Rien en fait…

Posted by Cid sur 2 mars 2009

[eng]

« Slow down, simplify and speak the truth ! » is the first advice given by Carol Hazenfield to improvisers… Indeed, simplicity is the secret of best scenes.

goutte-d-eau

[fra]

On n’en finit pas de découvrir le pouvoir de création du néant.

Alors que l’improvisateur débutant est souvent pris par la peur de ne pas avoir d’idée, de ne pas savoir quoi dire ou quoi faire lorsqu’il monte sur scène, l’improvisateur aguerri semble même se délecter de n’avoir rien en tête, d’en faire peu, et de prendre le temps.

« Slow down, simplify and speak the truth ! » est le premier conseil que Carol Hazenfield donne dans son livre « Acting on impulse », et nous n’avons pas fini de mesurer la justesse de ce conseil.

« Slow down ! », Prenez votre temps
Prenez ce que vous faites, comme un objet précieux dont il faut prendre soin. Estimez ce que vous créez, et passez y du temps. Ne serait-ce-que pour tirer sur une corde, ou sortir un mouchoir, prenez votre temps! Sans compter qu’on mésestime trop le pouvoir des silences et du langage non verbal. Les silences sont un bel écrin pour mettre en valeur votre création. Ils mettent la situation sur « Pause », et tiennent le public en haleine.

Entrainez vous aussi à explorer toutes les possibilités du langage non verbal (une attitude, une expression du visage, …). Les exercices en grommelot sont assez efficaces pour le travailler. Tout le travail du clown et du mime y aide beaucoup. Mais même sans cela, je préconise aussi un exercice qui consiste à être assis sur une chaise, à regarder le groupe, et de laisser aller les petits mouvements ou petits rictus, sans les forcer, et de prendre conscience à quel point ils peuvent raconter des choses et agir sur l’auditoire.

« Simplify ! », Faites simple !
Pourquoi aller chercher des idées raffinées, intelligentes, originales, qui finalement ne sont que compliquées, alambiquées, incohérentes, hors de propos. Faites simple! Quelque chose de très moyen et simple! Pour ce qui est des idées, ne donnez pas le meilleur de vous! Johnstone clame « Never do your best, because your best is not the best! » (que je traduirais par: Ne donnez jamais le meilleur de vous même, parce que ce que vous pensez être le meilleur n’est pas le meilleur!). En effet, une idée simple favorise la connexion des inconscients, et cela ne peut passer par un effort volontaire de chercher « la grosse idée qui déchire! ».

De toute façon, des idées, finalement, y’en a trop ! Il y a celles de nos partenaires de jeu, celles suggérées pas le thème, la situation, un geste, un bruit, un rien. Il y a des milliers d’idées à portée de main, il faut juste apprendre à les voir. C’est pourquoi Keith Johnstone pousse ses étudiants à toujours dire la première chose qui leur vient à l’esprit. Pourtant, avec l’expérience, on sait que la première idée qui vient n’est pas forcément la plus intéressante. Charna Halpern et Del Close préconisent au contraire de prendre la troisième…. Mais, comment atteindre la troisième si on n’a pas vu la première ? C’est donc un passage obligé : commencez par apprendre à dire la première chose qui vous vient à l’esprit (vulgaire, indécent, idiot, quoique ce soit), sans faire le tri. Partant de là, on en voit deux, trois, dix, quinze, et finalement trop … Alors pas la peine de chercher !

« Speak the truth ! », Parlez vrai !
Croyez à ce que vous faites! Le personnage que vous interprétez a besoin de vivre ! Ne le portez donc pas à moitié. Je ne veux pas dire d’aller dans la caricature, mais de lui donner vie en lui donnant des émotions et des intentions « vraies ». N’allez donc pas chercher bien loin la prochaine réplique, elle est la, dans la bouche de votre personnage, prête à bondir ! Dites là, simplement, ne la cherchez pas, et si elle n’y est pas, c’est que la réponse se fera par un silence, un geste, un regard. Prêtez votre corps au personnage en vous mettant dedans, tissez des liens extrêmement simples et dénudés avec les autres personnages, cela va créer des situations claires et chargées d’accent de vérité, le corps obéira tout seul aux intentions et émotions que son personnage vit. Obéissez aux impulsions de votre corps, lui a l’avantage d’être dans le présent, de parler vrai…

C’est pour cela que tout le travail sur les émotions est fondamental. Les exercices sur ce thème travaillent en relation directe avec le corps. Le but étant de faire monter en soi une émotion, pour qu’elle agisse sur le corps, et laisser celui-ci s’exprimer. Mais surtout n’essayez pas de commander par « l’intelligence » vos mouvements pour paraître « Heureux ! En colère ! Affolé ! Amoureux ! ». En général on n’y croit pas. DU TOUT !!!!

Vous pourrez tenir une impro de bout en bout, sans effet de mise en scène compliqué, sans avancer dans la situation, si les émotions sonnent juste. Faites les sonner faux, et c’est la bérézina ! Même avec tout l’effet son-et-lumière que vous mettrez derrière, ce sera quand même la bérézina.

NB: photo : Vagney, Vosges, France. © Angélique SCHOENY

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