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Le décrochage, ce mystère

Posted by impronabla sur 17 novembre 2008

[eng]

Sometimes (sooooo often actually), we get out of our character and let the actor show. With a big laugh in the middle of a scene for instance. Why? Again and always, because we go up into our heads…

[fra]

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec ce terme (mais si vous lisez ce blog, il y a de fortes chances que ce ne soit pas le cas), un décrochage pourrait se définir ainsi : le joueur apparaît tandis que son personnage disparaît.

Pour être clair en donnant quelques exemples :

  • Je suis un chef scout et j’emmène de jeunes enfants à la pêche. L’un d’eux tombe à l’eau, tandis que moi, je tombe dans le désespoir. Tout à coup… j’explose de rire (parce que mes partenaires me font rire par exemple). Le chef scout a disparu. C’est l’acteur Nabla que l’on voit.
  • Je suis un chef scout allemand et j’emmène de jeunes enfants à la pêche. L’un deux tombe à l’eau, je m’écrie « Aïe, carrrrrramba !! », ou toute phrase qui me fait perdre mon accent. L’allemand a disparu, c’est le Michel Leeb Nabla que l’on voit…

Bon, c’est tout de même au fou rire que l’on reconnaît le plus souvent un décrochage. Il en est de même pour tous les changements brusques d’émotion alors que rien dans la scène ne l’annonce : je me mets en colère parce que je n’aime pas le jeu de mes partenaires, je pleure parce que je viens de repenser à mes pauvres cadavres, etc. Bref, il y a de nombreux décrochages, certains bien plus subtils. Comme l’acteur qui regarde un peu vers le bas parce qu’il est en train de réfléchir à sa prochaine phrase.

Mais finalement, qu’est-ce que le décrochage ? Et pourquoi est-ce moi qui en parle ?

Et bien je vais vous le dire. Je suis improvisateur. Ce qui veut dire que j’ai à mon actif un sacré paquet de décrochages en tout genre…

Ce qui me surprend, c’est que la nature de mes décrochages a évolué. Au début, je piquais des fous rires, comme vous, et vous, et vous aussi là-bas dans le fond. Mais au fil du temps (i.e. des histoires mieux construites et des personnages mieux joués), mes décrochages ressemblaient plus à un joueur (ou un coach) qui, par une petite remarque cinglante totalement hors de propos, faisait remarquer aux autres les erreurs commises par lui ou ses partenaires.

Oui, au fond ? Tu veux un exemple ? Oh la la…
Parfait au fond… je vais t’en donner deux même :

Premier exemple :
Sylvie : Mon amour ! Tu es enfin rentré! Je t’ai préparé ton dîner préféré !! (Et elle referme la porte derrière son mari)
Nabla (le mari) : Ma chérie, en refermant la porte, tu m’as traversé le pied ce qui est physiquement impossible…

C’est clairement le psychorigide Nabla qui parle.

Deuxième exemple :
Les joueurs sur scène : Oh ah ahahah hi hihu bla bli
Nabla : Les gars, j’ai une idée, si on partait à la recherche d’un trésor parce que je pense que c’est un bon enjeu !

C’est là aussi le je-veux-des-scènes-intéressantes Nabla qui parle.

Et c’est là que je me suis dit quelque chose… Hmmm. Nabla, tes décrochages en ce moment, c’est parce que tu es dans ta tête à te demander si quelque chose ne cloche pas… Les fous rires c’est ça aussi ? Ben pitêtre.

Voici en tout cas un extrait de « Process« , écrit par Michael Gellman. Il décrit un exercice et propose ensuite d’ajouter une émotion lorsque l’on le fait :

‘There will be a lot of laughing. The moment we are asked to add even one element of acting or character, we start to go up into our heads about whether we’re playing the emotion properly or well. We start thinking about our performance and we forget to listen to each other.’

Et pour au fond (toujours lui), le voici en français :

‘Il y aura beaucoup de fous rires. Il suffit que l’on nous demande d’ajouter ne serait-ce qu’un élément de jeu (d’acteur) ou d’un personnage pour que nous commencions à aller directement dans nos têtes et que nous nous demandions si nous jouons correctement ou bien l’émotion. Nous commençons à penser à notre performance et nous oublions d’écouter les autres.’

Je vous laisse méditer là-dessus……… Voilà ! Je pense que ce qu’il dit est juste. Et maintenant, nous avons une idée précise de ce qu’est un décrochage, parce que nous avons :

  • sa cause : l’acteur est dans sa tête
  • sa conséquence : l’acteur apparaît tandis que le personnage disparaît

Comme l’acteur est souvent dans sa tête (ben voui, c’est dur l’impro) il y a beaucoup d’occasions pour un décrochage. Et les essais sont souvent transformés. Bref, il y a des décrochages presque tout le temps, dès que l’on s’autorise à penser comme l’acteur et non plus comme le personnage. Ce n’est pas forcément gênant, car au fil du temps, on arrive à faire en sorte que les décrochages passent inaperçus. Il y en a même qui sont fantastiques à regarder et à vivre (mais seulement dans certains contextes).

Mais aujourd’hui, j’ai un challenge bien plus intéressant à vous proposer. Juste une fois, comme ça, si on essayait de ne s’autoriser aucun décrochage. Pas même un mini rikiki de rien du tout. Oui, au fond (quand va-t-il se taire ?), on reste à chaque milliseconde dans notre personnage, dans le moment, dans le lieu, dans l’émotion.

Oui c’est dur. Oui, il faut sans doute de nombreuses tentatives pour y parvenir, et il faut sans doute s’entraîner fréquemment pour que ça se reproduise. Oui ça ne sert peut-être à rien… Mais oui, je pense que c’est crucial, essentiel, vital, magique, fichtrement impossible et donc hyper attirant. Oui, oui, oui et oui ! C’est un challenge quoi ! Tentons-le, au risque de nous planter ! Comment ? Avec de l’envie et du plaisir, comme toujours !

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