Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

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L’impro ou le plaisir de se planter

Posted by bullecarree sur 10 novembre 2008

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Improv, or « enjoying failure ». Failing is good. Improvisation is about taking risks, going in unknown places. Sure, it’s scary but it is also exciting. So everything is positive, even failure. Keep the smile !!!

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Début 2008, je suis parti à Londres effectuer un stage avec Keith Johnstone et Patti Stiles. Tandis que Johnstone nous racontait des histoires passionnantes sur l’improvisation (normal, c’est un storyteller…), Patti Stiles mettait en pratique la philosophie de jeu établie par Johnstone.

Je parle ici de philosophie et non de théorie car je pense qu’il est impossible de théoriser l’improvisation, de la réduire à des processus logiques. Par contre, lui donner une âme, c’est faisable.

Bref, pendant ce stage, un exercice proposé par Patti Stiles m’a vraiment troublé et je crois qu’il est la pierre angulaire de la philosophie de Johnstone, et de l’improvisation en général.

Cet exercice, c’est le « Die! », c’est à dire « Meurs! ». Au premier abord, ça fait peur mais quand je vais vous raconter la suite, vous allez vous recroqueviller sur vous-même. L’exercice est très simple, il y a un « chef d’orchestre » et le reste du groupe se place en arc de cercle devant. Le « chef » pointe du doigt une personne A qui narre l’histoire et dès qu’il pointe une autre personne (B), la personne A s’arrête de parler et c’est B qui continue l’histoire, etc… Sauf que si un joueur bégaye, ne reprend pas exactement la où l’histoire s’arrêtait, ou dit n’importe quoi d’incohérent par rapport à l’histoire, le groupe ou le « chef » crie « Die! », c’est-à-dire « Meurs! ». Le chef revient dans le groupe et le joueur qui s’est trompé devient le nouveau chef d’orchestre pour une nouvelle histoire.

Vous allez me dire : mais quel affreux exercice, c’est ignoble ! Mais attendez, je n’ai pas raconté le principal. En fait, si on est le joueur qui vient de se tromper, il faut garder le sourire. Et c’est ça le plus important. Car même si on est éliminé, on doit rester positif. Au début, ce n’est pas facile parce que c’est désagréable de se faire éliminer en entendant « Meurs! » mais en souriant, on réalise que ce n’est pas si grave de se tromper. A la fin, un joueur qui se trompe en vient à crier « Die! » en même temps que le groupe ou même avant, avec encore plus le sourire. Tout le monde s’amuse et on en oublie que ce mot « Meurs! » est quand même violent.

D’ailleurs, je pense que Johnstone n’a pas choisi ce mot au hasard. Il fait très peur car il parle de la mort. Mais en surpassant cette peur, on aura du plaisir à jouer et on se fera au plaisir de se tromper.

Je pense que cette philosophie d’ignorer la peur de se tromper se retrouve dans tous les enseignements d’improvisation mais c’est la première fois qu’elle était aussi bien présentée dans un exercice.

Il y a un autre exercice qui fait parti de l’édifice philosophique de Johnstone. C’est le « Again! ». A deux, on raconte une histoire, un mot à la fois. Si on n’est pas satisfait de la tournure de l’histoire, alors on crie « Again! » en levant les bras et on recommence. Et là encore, si on crie « Again! », il faut le faire avec le sourire. Une histoire « meurt » mais une autre commence.

Tout l’enseignement de Johnstone repose sur cette option de pouvoir terminer les improvisations quand on le souhaite. Inutile de souffrir si la scène ne marche pas, passons à autre chose et toujours avec le sourire. Cet exercice est par contre uniquement destiné aux formats de jeu créés par Johnstone : Micetro, Gorilla Theatre, etc… et non pour le Match d’Impro par exemple (car dans un match, les impros sont chronométrées et ne peuvent pas s’arrêter comme on le souhaite).

Il est donc difficile de comprendre les exercices de Patti Stiles et de Keith Johnstone si on essaye de faire des rapprochements avec le match. Il y a pourtant des similitudes de philosophie avec l’exercice du « Die! » mais pas avec celui du « Again! » par exemple.

Bref, moi qui étais habitué au match d’impro, ce stage m’a ouvert sur une autre philosophie de jeu, pas forcément bonne ou mauvaise, mais différente et riche.

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Toutes les cartes en main

Posted by Yvan_R sur 27 août 2008

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Why are we so cruel with ourselves when it comes to analysing an improv show?

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Pratiquement tous les dimanches, ma douce et moi allons jouer aux cartes chez mes parents. Nous jouons au jass, aussi appelé chibre, un jeu proche de la belote qui se joue à 36 cartes, avec des atouts, des annonces, des points et un gagnant à la fin.

Je vous apprendrai à jouer si vous me demandez poliment.

Même s’il est régi en grande partie par le facteur chance, le jass reste un jeu profondément stratégique: l’observation du jeu, des feintes et du comportement des adversaires sont des éléments indispensables pour faire un bon joueur. Je joue normalement avec mon père, un joueur aguerri qui a pourtant une fâcheuse habitude.

Il refait la partie.

Refaire la partie, c’est discuter au terme de celle-ci pour voir quels coups auraient pu être joués pour engranger plus de points; c’est digresser sur le passé, sur ce qui aurait dû être fait. En théorie, c’est très positif: on cherche à comprendre la mécanique du jeu pour progresser. En pratique, on en vient souvent à faire des calculs sur des données que le joueur n’avait pas au moment de jouer. Ce qui ne sert absolument à rien.

And now, ladies & gentlemen, je vous prie d’accueillir le lien avec l’impro!

Quand vous finissez un spectacle d’impro, vous avez envie de parler: « c’était bien, hein? / oups, la confusion en deuxième partie! / bon sang, j’ai dû ramer, dans la scène du dentiste – ça n’avançait pas – on aurait dû tilter sur un divorce – on aurait dû introduire un nouveau personnage – on aurait dû – on aurait dû – on aurait dû ».

En parlant, vous faites forcément un peu d’analyse du spectacle, vous parler a posteriori, vous refaites la partie. Alors ce que j’ai envie de vous demander (et je suis le premier concerné), c’est d’avoir une certaine hygiène d’analyse, d’être juste avec vous-même. Au coeur du spectacle, on n’a jamais la même analyse qu’à la fin de la soirée; au coeur du spectacle, on n’avait pas toutes les cartes en main.

Le précédent débat sur le match d’impro faisait ressortir cette tâche funambulesque de vouloir analyser l’improvisation théâtrale, donner des conseils, ébaucher des principes. Certes, les théories sont difficiles à formuler. Mais elles sont là pour nous faire progresser. Et lorsqu’elle ne refont pas la partie, les réflexions sur l’impro nous rapprochent toujours plus de la compréhension du mystère. Du mystère de la création.

Si vous comprenez pourquoi une impro n’a pas fonctionné, vous accueillez l’expérience.

Si vous cherchez à savoir comment une impro aurait pu fonctionner, vous accueillez la frustration.

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Impro dirigée VS impro libre?

Posted by Aurélie Delahaye sur 20 juin 2008

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Impro can be either directed, or not. It means that the improvisers are led by a director that gives sometimes a situation, sometimes emotion, sometimes tells what is happening. Or they are totally free. These two styles often fight, and they shouldn’t, because they are both great for the audience if they are well done, and can both teach something to the improvisers.

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Lorsque j’ai fait mon voyage à Chicago et à Calgary, j’ai pu rencontrer deux types d’impro bien différents, l’improvisation libre (Chicago), et l’improvisation dirigée (Calgary). Qu’est-ce que cela signifie ? L’improvisation libre est celle construite uniquement par les improvisateurs qui sont sur scène. Cela ne signifie pas pour autant « improvisation libre » à la française (match), c’est à dire sans aucune catégorie, ni format qui sous-tend l’improvisation. A Chicago par exemple on peut voir beaucoup de Harold, le fameux format créé par Del Close: le spectacle a une structure bien définie. Mais les improvisateurs mènent leur barque, seuls, et ensemble. Comme me le disait un professeur là-bas : « nous prenons tout ce qui est sur scène comme quelque chose d’acquis, si quelqu’un fait une erreur ou quelque chose qui ne convient pas, eh bien nous jouons avec, nous construisons dessus, c’est au groupe de soutenir tout ce qui est posé ». Et cette personne ajoutait d’ailleurs qu’elle ne comprenait pas l’improvisation dirigée, qui, selon elle, brimait les improvisateurs et tendait à les juger.

L’improvisation dirigée, elle, est guidée par un directeur. Les improvisateurs qui sont sur scène et construisent le spectacle (qui suit un format, la plupart du temps) se voient donner des indications sur ce qu’ils font, l’endroit où ils sont, les émotions qu’ils ressentent etc. Le directeur est là pour donner un point de vue extérieur à la scène, et pour l’aider à avancer. Il est celui qui voit l’évident lorsque les improvisateurs, pris dans leur scène, ne le voient pas. Il est aussi celui qui enlève toute pression aux improvisateurs. Pas besoin de se demander sans cesse si l’on aura des idées, et si celles-ci iront dans le sens de la construction d’une histoire, car le directeur est là pour aider si l’improvisateur patine. Est-ce à dire que l’improvisateur ne fait rien? Non, car justement, le but est qu’il puisse faire. J’ai expérimenté des scènes où l’évidence des sentiments ou de la continuité de l’histoire, apparaissaient beaucoup plus facilement, parce que le cerveau se relâchait. L’impro dirigée ouvre donc la voie de la spontanéité. Vous l’aurez compris, j’aime ce genre d’improvisation. Il est d’ailleurs très développé par Keith Johnstone dans nombre de ses formats.

Florian parle à Lily bis

Mais malgré cela, je ne comprends pas que l’on s’oppose autant, entre les deux styles. Pourquoi l’un serait-il meilleur que l’autre? Ce sont juste deux styles bien différents, et qui ont chacun leurs travers et leurs bienfaits. L’improvisation dirigée, doit être bien menée. J’ai entendu par exemple à Calgary: « le directeur ne doit pas penser en tant qu’improvisateur, à ce qu’il aurait fait lui sur scène, il doit vraiment s’interroger sur ce qui est déjà sur scène, et doit fournir ce dont la scène présente a besoin« . Il pourra donc arriver à un directeur de dire « reviens en arrière de quelques instants, et réagis de manière émotionnelle à ce que vient de dire ton partenaire ». Il ne détruira pas la scène malgré ces quelques secondes de flash back, il aidera à construire sur ce qu’a posé l’autre improvisateur. Mais le directeur ira trop loin s’il ne laisse aucune marge de manœuvre aux improvisateurs, ou s’il impose à l’improvisateur une réaction qui aurait été la sienne mais qui ne correspond pas à celui-ci. Si l’on tombe dans ce travers de vouloir rendre la scène telle que l’on voudrait qu’elle soit, alors le spectacle dirigé ressemble à ce qu’on lui reproche parfois d’être: une souffrance pour les improvisateurs, et une impression pour le public, d’être en train de regarder un cours d’improvisation qui ne lui est pas destiné.

L’improvisation libre, quant à elle, permet plus de liberté aux improvisateurs. Et l’on vient aussi voir de l’improvisation pour voir des comédiens échouer de temps en temps, car cela signifie qu’ils auront pris des risques (attention dans ce cas à échouer avec plaisir, car l’empathie du public le mènera à souffrir de nos échecs, si nous souffrons aussi). Le public peut donc bien accepter les erreurs, si elles sont assumées. Mais, le revers de la médaille, est que tout est joué à chaque minute. Par exemple, si un improvisateur sur scène a posé quelque chose d’intéressant, que le public aurait aimé voir exploiter, mais que son partenaire, dans un moment de stress ou d’égoïsme, est passé outre, on ne peut plus revenir en arrière, et l’on va voir la scène se détruire petit à petit, avec des improvisateurs qui se demandent où est l’histoire, avec peut-être l’un d’entre eux qui vit une frustration etc. D’un autre côté, lorsque les comédiens se font confiance, lorsqu’ils sont généreux, qu’ils se donnent dans l’impro à 100%, quel plaisir de les voir évoluer seuls sur scène, sans coupure d’un directeur, ni dans l’histoire, ni dans l’évolution de leurs personnages, ni dans leur engagement envers la scène.

Les deux styles sont donc intéressants à exploiter. L’un, l’impro dirigée, s’adresse peut-être plus aux improvisateurs en apprentissage, mais ce serait dommage de le réduire à un style de débutants, car la perfection en improvisation est impossible, et l’on a toujours quelque chose à apprendre. Pour le public également, avoir ces interventions peut constituer un grand plaisir, en tant que telles, et parce qu’elles vont permettre à la scène d’être meilleure. L’impro libre n’est pas non plus réservée aux improvisateurs expérimentés, elle permet aussi à chacun d’apprendre à prendre ses responsabilités et à jouer avec les autres. Et elle offre au public une belle continuité dans le spectacle. Travaillons les deux, nous n’en serons que meilleurs, et apprenons à prendre du plaisir dans l’un comme dans l’autre!

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