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L’impro dans les grandes lignes…

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Qu’est-ce que l’improvisation ?

Posted by Aurélie Delahaye sur 3 novembre 2008

[eng]

What is improv ? If you come from America or Canada, you probably know better what it is than the European people. I would say that improv is the art of learning how to create and tell stories, with fellow improvisers.

[fra]

Ce billet s’adresse à ceux qui ne connaissent pas l’improvisation ou alors de nom, parce qu’ils ont déjà entendu parler du match d’impro. Souvent, on me pose cette question « en fait, vous faîtes quoi en impro ? » Comme de plus en plus de gens se mettent à en faire, à titre de loisir, ou professionnellement, j’imagine que de plus en plus de gens s’interrogent.

D’abord l’improvisation sert comme outil en art dramatique. En improvisant, on développe par exemple les capacités d’acteur : on apprend à créer un personnage, à l’intensifier, à trouver les émotions qu’il fait naître. On apprend à développer plusieurs postures et voix. Généralement, en cours d’art dramatique, le prof donne une situation de départ aux élèves. Et ils voient ensuite où cela les mène. Cela fait donc évidemment travailler la spontanéité. Mais l’improvisation est aussi une discipline à part entière, qu’on apprend à développer en entraînement, et en spectacle.

En entraînement, il faut clarifier une chose, nous nous entraînons à improviser. Car j’entends souvent à la fin d’un spectacle : « aviez-vous déjà créé certaines répliques ou trames lors des répétitions ? » La réponse est non a priori. La seule chose que l’on peut préparer à l’avance, c’est le format, j’y viendrai en abordant le côté spectacle. Donc, que fait-on ? On travaille notre capacité à improviser, en se réunissant une ou plusieurs fois par semaine. L’improvisation demande de la spontanéité, pour faire naître les choses; de l’écoute et de l’acceptation, car cela se construit à plusieurs, donc tout ce qui est posé par l’autre doit être intégré; de la construction, pour que la scène aille quelque part. L’improvisation nécessite donc des mécanismes. Pour les intégrer, nous faisons des exercices et des scènes. Il y a des tas d’exercices d’improvisation qui ont été créés par des gens très bien : Del Close, Keith Johnstone, Viola Spolin, Mick Napier, Robert Gravel, et j’en passe. Donc nous les utilisons. Un exemple peut-être : « un mot à la fois », de Keith Johnstone. Deux improvisateurs sont sur scène. Ils incarnent une seule et même personne, et ne disent qu’un mot chacun, assez vite pour que cela forme une phrase normalement prononcée. Cela permet ainsi de ne pas réfléchir au mot que l’on dit, de ne pas anticiper le prochain mot, de suivre son partenaire, et d’avancer à deux, de créer un personnage et une histoire. Nous passons donc notre temps à faire des scènes et des exercices pour ainsi développer les mécanismes nécessaires à l’improvisation.

Si nous faisons cela, c’est pour ensuite pouvoir offrir au public une prestation : un spectacle d’improvisation. Alors là, la question que j’entends souvent, c’est « en spectacle, vous faîtes quoi, vous partez sur un thème ? » La réponse est oui… comme non. Cela dépend du format du spectacle. Kesako ? C’est une mise en scène. Cela structure et habille le spectacle, et définit quelle genre d’improvisation nous allons faire : longue/courte, avec/sans intervention du public, avec/sans situation de départ (les fameux mots ou propositions du public), avec/sans directeur, etc. Il y a des tonnes de formats d’improvisation.

Des exemples (et ce ne sont que des exemples, pour que vous puissiez vous figurez ce que c’est, je n’opère ici aucune classification):

  • Le match, bien connu et importé du Quebec, où deux équipes s’affrontent, avec un arbitre pour les surveiller, et un public pour les départager. Les improvisations ont un thème (donné par l’arbitre ou le public), une catégorie (c’est une sorte de mise en scène dans la mise en scène : on demandera par exemple aux joueurs de jouer une improvisation à la manière de Shakespeare, ou de faire une improvisation en 3 minutes, puis de la rejouer en 1 minute, puis en 5 secondes, etc.).
  • Comme autre format, il y a le cabaret : c’est un peu le même principe que le match, sauf qu’il n’y a pas d’équipe, il y a une troupe, elle n’affronte personne. Mais il y a encore les thèmes et la catégorie. Ces deux formats sont généralement des formats où les improvisations sont courtes et ont des contraintes (les catégories).
  • On pourra aussi trouver le Micetro de Keith Johnstone, où les scènes sont courtes, ont des contraintes, très différentes du match, mais en plus, il y a des directeurs qui, tels des metteurs en scène, dirigent les scènes et peuvent intervenir à tout moment pour donner des éléments (« et là vous découvrez une trappe par terre » par exemple). Cela devient très différent. Car les improvisateurs ne sont plus seuls sur scène, ils ont une aide extérieure, mieux à même d’apprécier la scène et d’y apporter des éléments qui vont l’aider à avancer.
  • A côté de cela, il y a des formats où les improvisations peuvent être longues et ont moins de contraintes. On peut en créer à l’infini. Par exemple, on pourra définir un style : policier : le spectacle sera constitué d’une improvisation longue où il y aura un meurtre, et ensuite une enquête policière autour de ce meurtre (c’est ce que fait la troupe « 6 Pieds Sur Terre »).
  • Il y a le Harold, qui permet de créer une longue improvisation à plusieurs personnages. Avec d’abord une introduction, puis 3 scènes avec chacune son histoire, puis un jeu, puis 3 autres scènes chacunes liées aux 3 premières histoires… Parfois les histoires se mêlent (je ne vous apprend rien, il suffit de regarder les feuilletons américains).
  • Le format peut même être très long et très épuré. Comme celui de TJ and Dave, dont j’ai déjà parlé ici. Une heure d’improvisation, pas de suggestion, juste une histoire, à plusieurs personnages, insérés dans des lieux différents, joués par TJ et Dave. Tj and Dave sont les maîtres du format épuré, l’improvisation est sans filet. La mise en scène est toujours là, c’est juste qu’elle est, elle aussi, complètement improvisée, elle ne repose pas sur un format (alors que pour le Harold par exemple, il y a une structure, même si ensuite on peut prendre des libertés par rapport à cette structure). TJ ou Dave va décider à un moment de changer de lieu, de scène, de personnage. Comme ils sont bons, ils vont le faire au bon moment, et sans aucun signe qui les mettra au courant, ils sont connectés à 100%.

Ce qu’il faut retenir de tout cela, c’est que l’improvisation est l’art de créer des sur le moment des histoires, des tranches de vie, des scènes. A partir d’un mot ou d’une situation, ou à partir de rien. Et si l’improvisateur sait faire ça, c’est parce qu’il a appris à le faire, en s’entraînant continuellement, et en suivant les exercices et les principes que ses prédécesseurs (ou lui-même) ont créés.

Est-ce que tout le monde est capable d’improviser ? C’est une autre question. Avec beaucoup d’entraînement, on progresse, et on apprend à le faire. Mais il s’agit quand même d’inventer, à plusieurs, des choses qui vont plaire au public. Et ça je ne crois pas que tout le monde puisse le faire. Moi-même j’improvise depuis 3 ans, j’ai parfois sur scène des moments de bonheur, où les mécanismes que j’ai intégrés et la spontanéité que j’arrive à avoir m’amènent à satisfaire le public, avec mes partenaires et mon imaginaire. Mais ce sont des moments (pour l’instant!). Alors que je connais des improvisateurs qui, ensemble, font des merveilles durant tout le spectacle. Un mystère donc, fait de talent et de travail. Pour cette question, je vous renvoie à Chaplin…

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