Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

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Comment devenir drôle, épisode 1

Posted by Yvan_R sur 30 mars 2009

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As you learn to read music to help you with rhythm, you can certainly learn humor to help you with comic timing.

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Je perds la trace des choses, ces temps-ci.

Je me rappelle d’un billet de Jill Bernard, je crois (un bisou offert à l’internaute qui le retrouvera) qui recommandait aux improvisateurs de s’inspirer des grands modèles comiques pour étoffer sa culture, mais aussi pour tâcher de se renouveler; Charlie Chaplin, Buster Keaton, Peter Sellers, Jacques Tati, les Monty Pythons et bien d’autres se retrouvaient dans sa liste de recommandations (et bientôt sur ma liste de courses) (et plus tard, sur l’étagère de mon salon).

D’un autre côté, on parle souvent de l’humour comme d’un don, du genre il est très comique, il est fait pour l’humour. Étant moi-même violemment anti-innéiste (c’est moche comme mot, mais ça veut dire que je déteste les gens qui mettent tout sur le dos du talent), je me bats pour l’idée qu’on peut tout à fait apprendre à être drôle (pour les dylsexiques qui me lisent, je précise que je ne suis pas du tout anti-sioniste, loin de là).

On parle bien de timing comique, donc je suppose qu’on peut en apprendre le solfège.

On parle bien de comique de répétition, donc je suppose qu’on peut en apprendre les règles.

Et enfin, les grands comiques reconnaissent toujours leurs influences, et je pars donc du principe qu’on peut s’influencer soi-même avec du bon contenu. Le conseil de Jill Bernard (qui est devenu le mien), c’était: « Gavez-vous de tout ce qui vous fait rire, digérez tout ça, et ça vous inspirera par la suite! » Après, en cherchant plus loin, on peut tout de même chercher à comprendre comment les gags fonctionnent de l’intérieur. En gros, disons qu’on a généralement une situation non-sérieuse (absurde, ridicule, comique) prise au sérieux par ses protagonistes. Johstone, de son côté, pense qu’il y a toujours un changement de statut impliqué, violent et toujours vers le bas. Freud pour sa part estime que l’humour nous projette subitement au-delà de notre condition humaine, pour nous montrer l’absurde de notre condition. Enfin, Bergson pense qu’on a toujours affaire à une mécanique absurde plaquée sur du vivant.

En cadeau aujourd’hui, puisque je traiterais ce sujet plus en détails ces prochaines semaines, une vidéo merveilleuse qui m’avait inspirée l’exercice dont parlait Ian ici:

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Parlons un peu de sexe, voulez-vous?

Posted by Yvan_R sur 1 décembre 2008

L'improvisatrice/teur accompli-e

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Differences between the sexes, in terms of style of improvisation, strengths and weaknesses.

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Je ne sais pas si c’est pour marquer le coup de la Journée Mondiale du Sida, mais j’avais envie parler de sexe. Ou plutôt DES sexes, puisque j’ai le plaisir de vous proposer une petite exploration des différences qu’il y a entre les improvisatrices et les improvisateurs.

Je commence par m’appuyer sur les deux seuls texticules qui ont osé briser le tabou à ce jour, j’ai nommé l’excellent essai de Deborah Frances-White (contenu dans l’excellent Improv Handbook que je continue à recommander en criant sur les toits) et le petit passage du gourou Johnstone dans ses Afterthougts de son Impro for Storytellers. Je me réjouis d’accueillir vos suggestions ou contributions, tant il me semble que la question des différences homme-femme soit un sujet traité par-dessous la jambe.

Johnstone constate que le TheaterSport à Oslo vient d’une initiative féminine, mais que la troupe a été phagocytée par les hommes quelques années plus tard. « C’est dommage: en général, quand le TheaterSport devient dominé par les hommes, tout disparaît: il n’y a plus ni émotions, ni tendresse, ni compassion. »

De son côté, Deborah relaie les constatations de son mentor: « On dirait que dans toutes les compagnies d’improvisation, vous verrez sur scène moins de femmes que d’hommes – ou peut-être même pas du tout. Mais dans les troupes où les genres sont équilibrés, le style de jeu est moins univoque, davantage fondé sur le travail du personnage ou le storytelling, et dès lors – pour ces mêmes raisons – beaucoup plus drôle. »

Johnstone poursuit en donnant des conseils pour encourager les filles à cultiver leur différence (s’entraîner entre elles, se soutenir mutuellement) pour éviter qu’elles ne sombrent dans un jeu machiste. Le risque des femmes désespérément en quête d’intégration, c’est de se cantonner aux rôles d’objets sexuels, ou de rivaliser avec les hommes dans leur style de jeu, se transformant ainsi en « mec avec des seins ». Et dieu sait que j’ai vu des femmes-hommelettes sur la patinoire, cracher et jurer comme des hommes, du poil sous les aisselles et un style à faire rougir la plus délurée des lesbiennes. Ça n’apporte rien, et en plus ça inhibe diablement ma libido pour plusieurs nuits.

Deborah reconnaît que des troupes unisexes peuvent parfaitement fonctionner ensemble, à condition de travailler dans des couleurs de jeu différentes et avec un esprit non compétitif. C’est d’ailleurs les reproches qu’on peut faire aux garçons: jouer avec leur ego et leur queue, en essayant de pisser le plus loin, de faire la meilleure saillie et d’arracher les rires les plus nombreux.

Mâles et femelles en improvisation ont donc les faiblesses de leur force: si la femelle est plus subtile dans ses interventions, plus tendre et plus poétique, elle peut parfois se laisser aller à un flou (excessivement) artistique. Le mâle, lui, avec sa vivacité d’esprit et son sens du pratique, est souvent plus prompt au gag efficace ou à l’humour slapstick, parfois au détriment d’un théâtre plus naturaliste.

Mâles et femelles improvisent différemment, et auraient donc tort de ne pas (re)connaître leurs différences. Ne serait-ce que pour choisir judicieusement les concepts qu’ils/elles souhaitent jouer: dans Whose Line is it Anyway, on aurait de la peine à défendre que les (rares!) filles invitées sont plus efficaces que les hommes. À mon sens, c’est parce qu’il s’agit d’un concept très punchy, qui ne laisse que peu de place à l’émotion et aux histoires crédibles. Inversement, le show exclusivement féminin Hell on Heels du Spontaneity Shop ne ferait que s’embarrasser d’une présence masculine, tant le concept ménage adroitement sensualité et subtilité.

À un degré plus large: si l’on part du principe que le public se déplace aussi à des spectacles d’impro pour voir des êtres humains qui fonctionnent de manière harmonieuse, je pense qu’il faut continuer à proposer des équipes mixtes et équilibrées.

Et c’est pas seulement pour avoir des gâteaux aux entraînements que je dis ça.

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Impro gag ou récit… Il faut choisir

Posted by Cid sur 20 octobre 2008

[eng]

In improvisation, we can make the distinction between two kinds of improv: narrative improv and gag improv. Both can be really good and really funny, but not for the same reason. Their mecanisms differ radically, so we have to make a choice!

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Selon Dan Diggles (Improv for actors), il y a deux sortes d’improvisation: l’improvisation–récit (narrative improv), et l’improvisation-gag (gag improv).

L’une et l’autre peuvent produire de très bonnes improvisations, seulement elles se fondent sur des mécanismes radicalement différents, ce qui fait qu’il est difficile de les faire fonctionner de pair.

– L’impro-gag s’appuie sur une relation exclusive entre le comédien et le public, sur la capacité de celui-ci à avoir du succès ou faire des bides. Les critères d’un  bon improvisateur-gagueur sont l’intelligence, la finesse d’esprit, la capacité à faire des blagues, des mots d’esprit, des jeux de mots, des calembours (bref tout ce qui produit un effet comique, indépendamment d’une histoire ou d’une situation). L’impro-gag est difficile en ce sens que le public en demande toujours davantage, et qu’à se lancer dans ce genre d’improvisation, il faut être en mesure de fournir ce qu’il faut. En effet, tout le monde n’est pas capable de faire une bonne blague, encore moins d’en faire plusieurs. Et pourtant, les mots d’esprit ne doivent pas manquer, car une fois la blague faite ou le jeu de mots énoncé, se produit un phénomène « d’appel d’air », où les rires s’arrêtent dans l’attente de la prochaine blague.

C’est dans ce genre d’improvisation qu’on assiste à un concours de virtuosité des comédiens. C’est un bel espace pour impressionner le public, créer avec lui une relation affective.

– L’impro-récit, dont l’objectif est de raconter une histoire, a un mécanisme tout autre. Elle se fonde sur la capacité des joueurs à entrer en connexion entre eux, par le biais de leur inconscient (et non plus leur intelligence), pour former un inconscient collectif. Ceci, selon Dan Diggles, passe par le respect de trois principes (à ne pas respecter non plus de manière absolue, cf. l’article de Nabla : « Mes pauvres cadavres »):

  • Dire « Oui et… » à toutes les propositions faites par nos partenaires de jeu.
  • Dire la première chose qui nous vient à l’esprit.
  • Valoriser nos partenaires de jeu.

Ces principes contribuent à pousser les comédiens à libérer leur inconscient, et faciliter la connexion. Si celle-ci se produit, il s’ensuit une dynamique assez incroyable, où les joueurs et le public sont emportés dans le fil d’une histoire que personne ne maîtrise consciemment. On a d’ailleurs tous eu le sentiment, dans les improvisations dont nous gardons le meilleur souvenir, d’être dans un « trou noir » , en totale symbiose avec nos partenaires de jeu, de ne plus s’appartenir réellement.

L’effet comique naît de l’exploitation de la situation que propose l’histoire. Le public s’attache alors plus à l’histoire et aux personnages, qu’aux comédiens eux mêmes.

La question est : peut-on cumuler les deux mécanismes: le gag et le récit ? Malheureusement pas…Car leurs fonctionnements sont antagonistes. Au mieux, on pourra les faire fonctionner alternativement, tout en sachant qu’ils jouent l’un contre l’autre.

Et ce pour plusieurs raisons:

  1. On ne peut être à la fois dans la connexion inconsciente avec ses partenaires de jeu et dans une relation consciente et exclusive avec le public.
  2. Il est plus difficile de poursuivre la construction d’une histoire après une blague. Le phénomène d’ « appel d’air » perturbe la dynamique, et s’il y a trop d’appel d’air, la dynamique ne peut se lancer. On a alors vite fait de s’abandonner à la succession de blagues.
  3. Enfin, ces deux mécanismes induisent des natures de rires public différents.
    – Dans une impro-gag, les rires se produisent à l’issue d’une blague. Donc une fois éteints, il faut les rallumer avec une autre blague. Ce qui produit des rires, qui peuvent être intenses certes, mais limités en durée. Il faut donc alimenter régulièrement avec d’autres traits d’humour. Autant dire que ce genre d’exercice est épuisant sur des formats longs (Harold, Deus ex Machina, etc…).
    – Dans une impro-récit, les rires (si rire il y a , une impro récit n’a pas l’obligation d’être drôle) seront beaucoup plus progressifs, mais si la connexion se fait, le public comme les comédiens sont pris dans cette spirale qui emporte tout, et les rires s’amplifieront au fur et à mesure, jusqu’à la fin (il en va de même des autres émotions).

Je souhaiterais citer un fait qui s’est déroulé il y a un an environ, pour illustrer cette incompatibilité.

Lors d’un combat de catchimpro, deux équipes s’affrontent, appelons les: équipe A et équipe B. Les joueurs de l’équipe A partent dans une cascade de jeux de mots et de calembours très impressionnante. Rien à voir avec des blagues salaces ou scatophiles, on était dans le bon goût et la haute voltige. Les joueurs de l’équipe B tentent de construire et d’entrer en connexion. Rien n’y fait, toute tentative de construction est soumise à l’appel d’air d’un jeu de mot. L’équipe A impressionne, gagne, mais la rencontre ne se fait pas, tout simplement parce que les deux équipes ne sont pas dans la même mécanique.

Alors que choisir ?

Si vous avez un certain talent pour la blague et le calembour,  et que vos partenaires de jeu ont la même prédilection pour ce genre d’exercice, faites vous plaisir, allez y !

Par contre, si tel n’est pas le cas, choisissez la connexion, et si l’envie vous démange de faire un petit calembour, ayez conscience que vous perturbez la dynamique…

NB: Deux billets très intéressants sur ce sujet ont été édités sur le blog de Ian et le blog de finpoil… Je vous laisse y faire un tour…

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