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L’impro dans les grandes lignes…

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De l’improvisation à la publicité il n’y a qu’un pas – Warning: ceci n’est pas une publicité pour l’impro

Posted by Aurélie Delahaye sur 28 septembre 2009

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Improvising has a lot in common with real life. It can be applied to lots of fields. Let’s make a link between improv and advertising. They have major principles in common. Because they are both communication.

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Je dis souvent autour de moi que l’impro a des principes qui, si on les appliquait dans la vraie vie, mèneraient à un monde parfait: écoute, acceptation, construction. C’est un peu large comme constatation, et j’aime bien trouver les différents domaines de la vie qui reflètent cette pensée. Aujourd’hui, nous allons donc parler de publicité (monde cruel s’il en est… Finpoil, non, je ne vends pas mon corps au capitalisme).

Vous connaissez peut-être Google AdWords ? Le service de Google qui permet de faire de la publicité en ligne pour vos produits ou services. Je m’y suis intéressée récemment, et j’ai lu le guide de l’utilisateur qui est là pour initier à la publicité. En tant qu’improvisatrice, ce qui m’a interpellée dans ce guide, ce sont les quelques principes énoncés pour bien faire passer son message, qui ont beaucoup en commun avec les principes de l’impro :

  • « Choose call-to-action words » : choisissez des verbes qui invitent l’utilisateur à l’action : « achetez », « visitez », etc. En improvisation, il y a un exercice appelé « Let’s ? Yes, let’s ». Le principe est exactement le même que dans ce guide : invitons notre partenaire à l’action, et offrons cela au public. Le public n’a pas envie de nous voir parler de ce que nous pourrions faire, il veut nous voir agir.
  • « Be specific, don’t be general » : Google nous dit ici « si vous ne parlez pas à votre cible, dans les termes spécifiques qui le concernent, vous ne la toucherez pas ». En improvisation c’est pareil. Si l’on est trop général, on ne touchera ni notre partenaire, ni notre public. Être précis et donner des détails pour permettre à notre partenaire de visualiser et de pénétrer notre imaginaire, de construire le décor, et l’histoire avec nous. Être spécifique pour laisser le public voir apparaître tout cela, et y croire.
  • « Think like your customer » : En impro, « be obvious ». Ah ah, je crois que ce principe est le moins connu de tous en France : on verra souvent des éléphants jaunes à pois bleus avec une trompe dans le c.., plutôt qu’un grand éléphant gris, avec un tissu indien sur le dos, et un garçon de 15 ans qui le chevauche, qui est pourtant plus évident, et qui moi, me parle plus. Keith (je ne vous le présente plus) le souligne tant de fois : ne cherchons pas les choix originaux, tirés par les cheveux, qui pourraient nous rendre si intelligents (et si seuls), faisons ceux qui tombent sous le sens. Car nous embarquerons ainsi le public et nos partenaires avec nous.
  • « Make connexions » : Celui là va peut-être vous paraître tiré par les cheveux. Mais essayons. Lorsqu’une cible comme vous et moi tape un mot clé dans Google, et que ce mot clé la relie à une publicité, Google conseille que la page à laquelle cette publicité renvoie comporte aussi ce mot clé. Eh bien, en impro, c’est pareil. Si l’on marque le public en lui présentant un personnage, un objet, une relation entre deux personnes, un lieu, faisons les réapparaître par la suite. Nous avons accroché le public avec quelque chose, permettons-lui d’y goûter à nouveau, nous capturerons d’autant plus son attention.
  • « Relevancy matters » : la pertinence fait ici référence à l’utilité de l’information pour l’utilisateur. Et pour le public et notre partenaire. Je crois que je ne vais pas extrapoler : le silence est d’or. Le bla bla n’est pas de mise…

Tout ça pour dire quoi ? Si vous êtes un bon improvisateur, good for you, vous avez déjà un domaine de compétence : la publicité ! D’où le fait que l’impro peut servir en entreprise, et pas seulement dans la pub. Mais pas seulement non plus en entreprise, mais aussi dans la vie. Car finalement de quoi vous ai-je parlé ici ? Juste de communication.

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Pourquoi improviser?

Posted by Ian sur 15 avril 2008

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Why do we improvise? Two reasons why we shouldn’t: 1. Improv is considered by the vast majority as « light comedy », which is really a shame, given its potential. 2. Improv doesn’t last, even if it is the work of a lifetime.

But there are also at least two reasons why we should: 1. We celebrate life. 2. We inspire others.

[fra]

Pourquoi improvise-t-on?

Pourquoi, hein?
C’est vrai, ça. L’improvisation ne vaut pas le théâtre… Comment peut-on espérer rivaliser, nous improvisateurs, avec des acteurs qui apprennent et préparent un texte, soigneusement écrit, le tout mis en scène après de longues séances de répétition où l’on s’assure au maximum de la qualité du résultat.

La preuve? Le fait que l’improvisation théâtrale, chez les amateurs et même chez les professionnels dans le monde francophone (mais aussi anglophone, notamment avec l’influence auprès du grand public de shows comme Whose Line), reste très cantonnée dans l’inconscient collectif au rire. De la même façon, chez le public aussi (mais on ne peut pas lui en vouloir, c’est à nous de lui montrer autre chose). L’impro, c’est de l’entertainment. Il y en a qui font ça très bien, et réussir à divertir, ce n’est pas donné à tout le monde. Ca demande du travail. Mais, et après? Quid du fait de toucher les gens? De leur faire ressentir des choses? A quand de l’improvisation théâtrale qui fait peur? Qui dérange? Qui serait politiquement incorrecte? Un spectacle d’impro érotique?

De plus, admettons qu’on parvienne à créer un spectacle qui réussisse à aller au-delà. Il serait éphémère par définition. Que reste-t-il de l’évolution de l’improvisation depuis Spolin? Des jeux et des formats. Certains « dominent » certaines parties du monde: TheaterSports, Match d’Impro, Harold… Mais pour la plupart, ils ne respectent pas la philosophie présente à l’origine. Le Match d’Impro devait être joué à l’origine par des acteurs aguerris qui cherchaient à repousser leurs limites: aujourd’hui, c’est le format de référence par lequel les amateurs commencent. Le TheaterSports devait permettre « d’échouer avec plaisir ». Dans « Guru: My Days with Del Close« , on peut lire que Del se moque des gens qui parlent du « Jeu de la scène » (Game of the scene), et pour beaucoup aujourd’hui, c’est un concept clé en impro. Ce n’est pas grave en soi. Par définition, les formats ont vocation à évoluer, le contenu n’est pas figé. Mais même les « pères fondateurs » qui se sont battus une vie entière pour transmettre une philosophie, lorsqu’ils regardent en arrière, ne verront que l’œuvre de leur vie pervertie. Keith Johnstone ne va plus voir d’impro depuis des années. Il nous dit: « Improv is stupid ». Le vice-président de Second City me disait lors d’une interview que beaucoup de gens qui avaient consacré leur vie à l’improvisation étaient aigris car « ça ne dure pas. » Second City utilise l’improvisation comme un outil pour créer du contenu, contenu qui lui peut être ensuite amélioré, présenté sur scène et rejoué car figé dans le texte.

Mais bon.

Au moins deux raisons me poussent à improviser.

La première, c’est que par la nature éphémère de notre art, nous célébrons la vie. Certaines scènes d’impro m’ont profondément marquées, justement parce qu’elles ne pouvaient être reproduites. Peut-être plus qu’une pièce ou qu’un film à contenu similaire ne l’aurait pas fait. Nous célébrons l’éphémère, nous célébrons la vie. (Ce qui ne doit pas nous empêcher de retourner vers du texte à un moment ou à un autre… un retour qui sera sans doute fructueux car les qualités de l’improvisateur sont apparemment très prisées des metteurs en scène qui travaillent alors avec des acteurs « disponibles ».)

La deuxième raison est que l’improvisation est une prouesse. Nous prenons des risques que personne d’autre n’oserait prendre. Nous sommes l’exutoire des peurs de la société. Nous sommes des héros modernes. Nous pratiquons « l’insanité légalisée » (« legalized insanity », Robbin Williams). La peur a une fonction cruciale pour les hommes: elle nous prévient du danger. On peut vivre une vie entière dans la peur. Nous improvisateurs, donnons au public ce qu’il rêve de voir dans sa vie de tous les jours (et non, le public n’a pas nécessairement envie de voir « Une girafe unijambiste » à la manière de Shakespeare tout en étant immobile dans sa vie de tous les jours!): des gens qui font des choix forts, risqués au regard des standards de la société. Et par là-même, nous inspirons le public! Nous lui donnons envie!

Résumons:
1. L’improvisation est dominée par la « comédie légère » et « l’entertainment ».
2. Elle est éphémère, et ce qu’on accomplit avec elle, même le travail d’une vie, ne durera vraisemblablement pas.
(Autant je peux accepter le point 2, le point 1, je le rejette complètement! L’entertaiment, c’est bien, mais il n’y a pas que ça, et il ne doit pas y avoir que ça!)

Mais:
1. Les improvisateurs célèbrent la vie!
2. Les improvisateurs inspirent autour d’eux!

Pour moi, cela vaut de consacrer une vie à cet art. M. Keith Johnstone, vous pouvez être aigri, M. Del Close, vous aussi, (M. Gravel, je ne crois pas que le fûtes!) le fait est que vous illuminez quotidiennement la vie de centaines de membres de public assis dans leurs chaises devant un spectacle d’improvisation, en tout cas, au moins la mienne.

Oui, vous êtes, messieurs, et nous aussi improvisateurs sommes, des héros modernes!

PS: Pour les pistes mentionnées plus haut sur le fait que l’improvisation peut-être autre chose que de la « comédie légère », on se tournera avec profit vers l’improvisation anglo-saxonne. Par exemple, Mick Napier et ses acolytes se sont approprié les thèmes du politiquement incorrect dans leur théâtre Annoyance (bien sur, Second City aussi, mais Annoyance semble être un poil au-dessus), et n’hésitent pas apparemment à faire des shows d’improvisation « sexy« . Pour les spectacles “qui font peur”, il existe une variation du Harold, un format appelé “The Bat” qui semble pouvoir particulièrement se prêter à cela. Dans la forme, il s’agit d’un Harold dans le noir.

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Parler fleuri pour ne pas être à poil

Posted by Yvan_R sur 14 avril 2008

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Improv is a ‘naked’ art form, Finpoil says: sceneries, costumes and characters are conveyed by a vast range of means on the set. That’s why the language’s richness is so important: implicits and suppositions are a way of making the most out of a few words. Like poetry.

[fra]

L’improvisateur est un exhibitionniste en puissance: il arrive tout nu sur scène, sans chemise, sans pantalon, sans trop savoir avec quel personnage il va raconter ses histoires. On peut dire que le théâtre d’improvisation est un art « à poil ». Oui, on peut le dire.

Tout le contraire du théâtre classique, en somme, lui qui se joue normalement avec un costume (préparé à l’avance par un costumier), sur une scène encombrée de décors (préparés à l’avance par un décorateur), avec des dialogues dans la tête (préparées à l’avance par un auteur qui est le plus souvent mort depuis lontemps, le lâche). L’improvisateur – ou l’improvisatrice, puisqu’il faut aussi de temps éviter d’être misogyne, c’est mauvais pour la survie de l’espèce – se retrouve donc à faire à peu près tout à la fois: raconter son histoire, meubler sa scène et habiller son personnage pour ne pas prendre froid.

J\'offre une bière à qui devine qui c\'est

On doit donc communiquer tous ces éléments au public, grâce à des informations. Si l’improvisatrice (je passe définitivement à la forme féminine, le thème de la nudité m’ayant émoustillé) veut montrer qu’elle est derrière un bar, elle va donc faire le geste d’essuyer un zinc avec une serviette. Pour donner de l’ampleur à sa barmaid, elle va se grossir physiquement, en avançant le bassin pour amplifier sa poitrine, tout en écartant les bras. Pour signifier l’attente, elle regardera sa montre. Le public saisit donc par quelques conventions visuelles certaines informations sur l’environnement scénique.

Le reste est communiqué par les dialogues: relations entre personnage, lieu, genre de la pièce, tout doit être dit dans l’improvisation, à la différence du théâtre classique qui s’est souvent épargné une bonne partie de cette peine: le spectateur a reçu un programme, il connaît le titre et le genre (tragédie ? comédie ?) de la pièce qu’il est en train de voir. Il sait à quoi s’attendre, en somme. Parfois, il a même déjà lu le texte (d’un auteur souvent déjà mort, je l’ai déjà dit plus haut).

Pour s’approcher du théâtre « normal », l’improvisation doit donc s’appuyer sur toutes les informations posées et les considérer comme vraies. C’est ainsi qu’on a inventé les « règles » comme le « Oui, et… » ou le « Ne posez pas de questions ». Si l’on veut avancer dans la pièce et intéresser le public, alors il est contre-productif de rejeter les informations, ou de les retarder à coup de questions (puisque la question ne pose, en principe, pas d’informations).

Petite parenthèse: la « règle » qui vous empêche de poser des questions est d’une ineptie totale, a fortiori. Elle est faite pour les improvisateurs débutants qui demandent à leur partenaire des trucs du genre « mais qu’est-ce que tu fais ? » (et c’est malheureusement fréquent). Or, le fait de poser une question n’est pas un mal en soi: ce qui est dérangeant, c’est de mendier à son partenaire une information qu’on pourrait très bien lui donner avec générosité et bienveillance. De fait, les questions peuvent tout à fait amener quantité d’informations (exemple: « Chérie, est-ce que tu m’as trompé pendant ton séjour? » ou « Tu voudrais bien m’aider à remplacer ce joint de culasse? »). Fin de la parenthèse.

L’importance de la qualité des informations a amené certains manuels (Johnstone, Tournier, Del Close, entre autres) à conseiller d’utiliser un « langage précis », à « détailler » au maximum: on en arrive parfois à une liste de « ne dite pas… / mais dites… » qui recommande l’emploi d’un langage ultra-précis (genre « un Magnum 357 » plutôt qu’un « pistolet ») pour booster l’imagination de sa partenaire et la sienne propre.

C’est certainement là que la linguistique française a tout à nous apprendre, avec le concept de présupposé: l’improvisatrice a intérêt à utiliser un langage qui multiplie les références implicites, pour donner le maximum d’information en peu de mots. Ainsi, les phrases de début d’impros sont plus efficaces selon leur degré d’implicite. Comparons ces deux phrases qui ont pourtant le même nombre de mots:

« Il fait très beau aujourd’hui » (qui nous dit que le soleil brille)

et

« Maintenant, tu vas mourir, frangin! » (qui établit la relation familiale entre A et B, qui nous plonge dans une action imminente, qui nous dit que B est en danger de mort, qui nous fait nous demander pourquoi, qui nous indique peut-être que A a une bonne raison de le tuer, peut-être qu’il lui devait de l’argent, ou alors il a éraflé sa Jaguar, il a écrasé son dogue allemand, etc.)

L’improvisatrice a donc tout intérêt à adopter un langage fleuri, rempli d’implications et de sous-entendus. Et c’est peut-être dans cela que l’improvisation théâtrale gagne le plus: pour être efficace, cette discipline se doit d’être poétique, en communiquant plus que le seul premier sens des mots. Comme si, par pudeur, vous vous couvriez de ridicule avec quelques mots déplacés.

Aaaah.

Rien de tel qu’un peu de poésie pour vous habiller cette nudité théâtrale.

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