Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

Posts Tagged ‘match d’impro’

Râpe à formats

Posted by Yvan_R sur 28 juillet 2008

[eng]

Finpoil talks about improv forms.

[fra]

Ces temps-ci, Ian improvise auprès du grand maestro, visite la Mecque de l’improvisation américaine et rencontre des personnes très intéressantes. Je suis jaloux, mais je me soigne. Merci de nous faire partager tout ça, Ian.

Au même moment, un débat splendide fait rage et désespoir sur le Caucus, pour délibérer de la valeur et des faiblesses du Match d’impro. Je me rattrape comme je peux en vous faisant partager mes dernières trouvailles en matière de bouquin d’impro…

…en particulier l’excellente étude de Jeanne Leep, « Theatrical Improvisation: Short Form, Long Form, Sketch-Based Improv« , qui comme son sous-titre l’indique, analyse les principaux formats de l’impro théâtrale.

Je vous résume tout ça, parce que j’ai pas encore tout lu à fond: Jeanne Leep distingue trois grands genres de formats d’impro, à savoir le format court (rapide, à forte interactivité, à tendance comique), le format long (lent, à faible interactivité, à tendance thématique), et les sketches improvisés (des spectacles canevassés sur des improvisations, style commedia dell’arte).

Leep évite de dresser une hiérarchie bon/mauvais entre les formats et gère admirablement bien les témoignages. Je ne résiste pas au plaisir de vous donner la citation de Mick Napier (cité lui-même par Kozlowski; je traduis librement)

« Pour moi, la question du format est futile: finalement, l’impro se réduit à un être humain sur scène, sans information sur ce qu’il va dire ou inventer. […] De la bonne impro, c’est de la bonne impro, peu importe le format que tu lui donnes. Le meilleur format avec des improvisateurs mauvais, ça sera toujours mauvais. » (77)

Pour ramener ça au débat: le problème avec le format « prétexte », « décorum » Match d’impro, ce n’est peut-être pas le concept en lui-même, mais bien plutôt les joueurs qui le pratiquent. Et si je pense personnellement que ce n’est pas tant une question d’impro « à la française », – c’est un Suisse qui vous le dit – , je crois plutôt dans le fait que le format « Match » n’est pas assumé jusqu’au bout par les joueurs.

Je m’explique.

Jeanne Leep classe le Match dans la catégorie des « formats courts ». Selon elles, cette « famille » de concepts partage plusieurs caractéristiques incontournables: 1) but de divertissement comique, 2) maintien de la participation du public et de son influence tout au long du spectacle, 3) format énergique, style de jeu qui met en avant la vivacité d’esprit 4) la construction de scène se soumet aux contraintes du format (catégories).

Je pense donc que Lélou, Ian et Nabla font parfois un mauvais procès au match en soulignant ses faiblesses… qui sont finalement des choix de mise en scène; c’est probablement ce que voulait dire Matthieu, en ramenant Roméo et Juliette dans le débat. Beaucoup de bruit pour rien?

La chose qui cloche avec le match d’impro, c’est que certains improvisateurs aimeraient le prendre pour ce qu’il n’est pas: un concept versatile, jouable en format long, capable d’émotion ou d’engagement dramatique: amateurs de Johnstone, ayatollahs des règles d’improvisation, passez votre chemin! Le Match d’impro est un format court, relativement exigeant en qualité d’impro, puisqu’il nécessite des improvisateurs polyvalents, vivaces, et prêt à se « pimper » à la limite du cabotinage.

Je termine avec une autre citation, cette fois du « Improv Handbook » de Deborah Frances-White et Tom Salinsky. Les deux auteurs contrastent eux aussi l’impro « rapide » façon Match et l’impro « longue » façon Harold. Ils nous mettent en garde contre les comparaisons hâtives:

« C’est clair: une personne de goût et discernement (vous, par exemple) qui assiste à un Theatresport gâché, – où la compétition du format empêche les improvisateurs de donner le meilleur d’eux-mêmes, où les catégories stupides alternent avec des blagues en-dessous de la ceinture – ne le préférera pas à un Harold intelligent, clair, concis, plein d’esprit et bien structuré qui oscille entre le sublime de certains moments et la brillance de certaines idées. Mais le contraire est vrai aussi. Alors comparons le meilleur du Theatresport (ou mieux, du Gorilla Theatre) avec le meilleur du Harold, pour voir. » (254)

De la même manière que Lily concluait son article sur les formats « dirigés » ou « libres », je pense qu’on peut s’accorder sur le fait qu’il n’y a pas de hiérarchie entre les formats… et peu de leçons à donner sur la manière de bien les jouer.

… ou est-ce que je me goure royalement?

Publicités

Posted in éthique | Tagué: , , , | 13 Comments »

Il y a quelque chose qui cloche dans le Match d’Impro…

Posted by Ian sur 13 juin 2008

[eng]

« Le Match d’Impro » has some specifities like the « Mixte » impro, where teams mix up to create scenes together. What seemed like a good idea in fact rarely works.

[fra]

Je n’arrive pas à me faire au Match d’Impro. Malgré ma dernière visite que j’avais moyennement appréciée, je suis retourné à la LIFI l’autre soir pour assister à la Finale. J’ai décidé d’y aller car nous avons en ce moment au sein de la troupe Eux un improvisateur invité venu de Chicago avec qui nous travaillons. Je n’étais pas particulièrement enthousiaste à l’idée de l’emmener voir un match, mais je voulais l’emmener voir de l’impro typiquement française, et le Match d’Impro reste le format le plus pratiqué ici. L’emmener voir des professionnels, c’était aussi lui montrer ce qui se fait de mieux, dans des conditions que peut d’équipes peuvent se permettre: salle prestigieuse, décorum impeccable, supporters nombreux (la salle était pleine)…

Qu’est-ce qui est constitutif du match? Après une discussion houleuse sur le forum d’Impro France, j’en suis arrivé à la conclusion que l’improvisation « Mixte » est l’élément constitutif du Match d’Impro. Le TheaterSports et le ComedySportz, deux formats compétitifs d’Amérique du Nord, possèdent aussi le décorum d’une compétition sportive. Mais, à ma connaissance, les équipes ne se mélangent pas pour improviser ensemble (ou rarement lors d’un spectacle). Alors que dans le match, la Mixte a une place de choix. Pour beaucoup, c’est en Mixte qu’on « improvise vraiment » car on ne peut pas se reposer sur son caucus, et que la présence de gens avec qui on n’improvise pas d’habitude rend leurs réactions imprévisibles.

Et pourtant, c’est de là que vient un comportement bizarre du Match. Comme dans beaucoup de formats compétitifs, le public vote pour l’impro qu’il a préféré. Le problème vient des critères sur lesquels le public juge l’improvisation. Chacun est capable de dire si une scène est bonne ou non. Personnellement, je pense que les scènes qu’on présente au public sont souvent si mauvaises qu’on apprend au public non pas à apprécier une bonne scène, mais plutôt à apprécier les éléments dans cette scène qui vont le faire rire: gags, cabotinages (souvent sexuels), jeux de mots, et bataille pour le pouvoir. Autant les gags, les cabotinages, les jeux de mots ne sont pas plus présents en Match d’Impro qu’ailleurs, autant je pense que la bataille pour le pouvoir et la recherche du contrôle sont fortement renforcés par les improvisations mixtes en Match d’Impro.

Après une Mixte, le public vote souvent pour l’équipe qui a « dominé » l’impro: ceux qui ont eu les statuts les plus forts, ceux qui parlent le plus fort, ceux qui s’imposent physiquement sur scène (par la violence ou le surnombre), ceux dont les idées sont suivies (par choix ou par nécessité). Parfois, on suit les choix de l’improvisateur qui va faire les meilleures propositions, ce qui est positif, mais rare. En effet, pour « obtenir le point » l’équipe tente souvent de contrôler l’impro. Le Match d’Impro renforce donc ce comportement, qui est pourtant déjà une difficulté à surmonter lorsqu’on improvise tout court: lâcher le contrôle n’est pas facile.

Je l’avais déjà souligné dans mon précédent billet: il y a une peur de lâcher le contrôle. Mais c’est mon invité qui me l’a fait remarquer concrètement. Les improvisateurs que nous avons vu à la finale ne disaient pas « Oui, et… » mais disaient constamment « Oui, mais… » C’est pratique: ça donne l’impression qu’on accepte, mais en fait pas vraiment. On dit « Oui » par convention, et notre cerveau fonctionne à plein pour expliquer pourquoi ça ne va pas marcher. C’est un moyen très élégant de garder le contrôle. Et c’est particulièrement triste, car alors qu’on voudrait voir les improvisateurs prendre des risque, le format valide ce genre de comportement en récompensant l’équipe qui est la plus experte à ce jeu-là.

Arrêtons de dire « Oui, mais… », essayons de dire « Oui, et… » et alors notre improvisation s’améliorera. Le public n’aura plus alors à se rattacher aux gags, cabotinages, jeux de mots et luttes pour le pouvoir. Peut-être alors qu’à nouveau il ne saura plus pour qui voter en mixte, non pas parce que c’était si mauvais, mais parce que c’était si bon…

Posted in écoles d'impro | Tagué: , , , , | 35 Comments »