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L’impro dans les grandes lignes…

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Pourquoi improviser?

Posted by Ian sur 15 avril 2008

[eng]

Why do we improvise? Two reasons why we shouldn’t: 1. Improv is considered by the vast majority as « light comedy », which is really a shame, given its potential. 2. Improv doesn’t last, even if it is the work of a lifetime.

But there are also at least two reasons why we should: 1. We celebrate life. 2. We inspire others.

[fra]

Pourquoi improvise-t-on?

Pourquoi, hein?
C’est vrai, ça. L’improvisation ne vaut pas le théâtre… Comment peut-on espérer rivaliser, nous improvisateurs, avec des acteurs qui apprennent et préparent un texte, soigneusement écrit, le tout mis en scène après de longues séances de répétition où l’on s’assure au maximum de la qualité du résultat.

La preuve? Le fait que l’improvisation théâtrale, chez les amateurs et même chez les professionnels dans le monde francophone (mais aussi anglophone, notamment avec l’influence auprès du grand public de shows comme Whose Line), reste très cantonnée dans l’inconscient collectif au rire. De la même façon, chez le public aussi (mais on ne peut pas lui en vouloir, c’est à nous de lui montrer autre chose). L’impro, c’est de l’entertainment. Il y en a qui font ça très bien, et réussir à divertir, ce n’est pas donné à tout le monde. Ca demande du travail. Mais, et après? Quid du fait de toucher les gens? De leur faire ressentir des choses? A quand de l’improvisation théâtrale qui fait peur? Qui dérange? Qui serait politiquement incorrecte? Un spectacle d’impro érotique?

De plus, admettons qu’on parvienne à créer un spectacle qui réussisse à aller au-delà. Il serait éphémère par définition. Que reste-t-il de l’évolution de l’improvisation depuis Spolin? Des jeux et des formats. Certains « dominent » certaines parties du monde: TheaterSports, Match d’Impro, Harold… Mais pour la plupart, ils ne respectent pas la philosophie présente à l’origine. Le Match d’Impro devait être joué à l’origine par des acteurs aguerris qui cherchaient à repousser leurs limites: aujourd’hui, c’est le format de référence par lequel les amateurs commencent. Le TheaterSports devait permettre « d’échouer avec plaisir ». Dans « Guru: My Days with Del Close« , on peut lire que Del se moque des gens qui parlent du « Jeu de la scène » (Game of the scene), et pour beaucoup aujourd’hui, c’est un concept clé en impro. Ce n’est pas grave en soi. Par définition, les formats ont vocation à évoluer, le contenu n’est pas figé. Mais même les « pères fondateurs » qui se sont battus une vie entière pour transmettre une philosophie, lorsqu’ils regardent en arrière, ne verront que l’œuvre de leur vie pervertie. Keith Johnstone ne va plus voir d’impro depuis des années. Il nous dit: « Improv is stupid ». Le vice-président de Second City me disait lors d’une interview que beaucoup de gens qui avaient consacré leur vie à l’improvisation étaient aigris car « ça ne dure pas. » Second City utilise l’improvisation comme un outil pour créer du contenu, contenu qui lui peut être ensuite amélioré, présenté sur scène et rejoué car figé dans le texte.

Mais bon.

Au moins deux raisons me poussent à improviser.

La première, c’est que par la nature éphémère de notre art, nous célébrons la vie. Certaines scènes d’impro m’ont profondément marquées, justement parce qu’elles ne pouvaient être reproduites. Peut-être plus qu’une pièce ou qu’un film à contenu similaire ne l’aurait pas fait. Nous célébrons l’éphémère, nous célébrons la vie. (Ce qui ne doit pas nous empêcher de retourner vers du texte à un moment ou à un autre… un retour qui sera sans doute fructueux car les qualités de l’improvisateur sont apparemment très prisées des metteurs en scène qui travaillent alors avec des acteurs « disponibles ».)

La deuxième raison est que l’improvisation est une prouesse. Nous prenons des risques que personne d’autre n’oserait prendre. Nous sommes l’exutoire des peurs de la société. Nous sommes des héros modernes. Nous pratiquons « l’insanité légalisée » (« legalized insanity », Robbin Williams). La peur a une fonction cruciale pour les hommes: elle nous prévient du danger. On peut vivre une vie entière dans la peur. Nous improvisateurs, donnons au public ce qu’il rêve de voir dans sa vie de tous les jours (et non, le public n’a pas nécessairement envie de voir « Une girafe unijambiste » à la manière de Shakespeare tout en étant immobile dans sa vie de tous les jours!): des gens qui font des choix forts, risqués au regard des standards de la société. Et par là-même, nous inspirons le public! Nous lui donnons envie!

Résumons:
1. L’improvisation est dominée par la « comédie légère » et « l’entertainment ».
2. Elle est éphémère, et ce qu’on accomplit avec elle, même le travail d’une vie, ne durera vraisemblablement pas.
(Autant je peux accepter le point 2, le point 1, je le rejette complètement! L’entertaiment, c’est bien, mais il n’y a pas que ça, et il ne doit pas y avoir que ça!)

Mais:
1. Les improvisateurs célèbrent la vie!
2. Les improvisateurs inspirent autour d’eux!

Pour moi, cela vaut de consacrer une vie à cet art. M. Keith Johnstone, vous pouvez être aigri, M. Del Close, vous aussi, (M. Gravel, je ne crois pas que le fûtes!) le fait est que vous illuminez quotidiennement la vie de centaines de membres de public assis dans leurs chaises devant un spectacle d’improvisation, en tout cas, au moins la mienne.

Oui, vous êtes, messieurs, et nous aussi improvisateurs sommes, des héros modernes!

PS: Pour les pistes mentionnées plus haut sur le fait que l’improvisation peut-être autre chose que de la « comédie légère », on se tournera avec profit vers l’improvisation anglo-saxonne. Par exemple, Mick Napier et ses acolytes se sont approprié les thèmes du politiquement incorrect dans leur théâtre Annoyance (bien sur, Second City aussi, mais Annoyance semble être un poil au-dessus), et n’hésitent pas apparemment à faire des shows d’improvisation « sexy« . Pour les spectacles “qui font peur”, il existe une variation du Harold, un format appelé “The Bat” qui semble pouvoir particulièrement se prêter à cela. Dans la forme, il s’agit d’un Harold dans le noir.

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