Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

Posts Tagged ‘negative’

Négativité

Posted by Ian sur 22 avril 2008

[eng]

Why are we so negative on stage? Probably because we are so scared…

[fra]

Pourquoi les improvisateurs sont-ils si négatifs sur scène? C’est un travers qui n’épargne personne, pas même les pros: je suis allé voir le Cercle des Menteurs lundi, et je n’ai vu quasiment aucune scène dans laquelle les comédiens ont choisi de simplement être positifs sur scène.

Etre négatif, c’est répondre à la peur que nous avons en nous. L’improvisateur sait qu’en étant cassant vis-à-vis de ses partenaires, il récoltera facilement les rires du public. Et ce n’est pas grave, les scènes où les personnages s’agressent mutuellement font partie de l’éventail des scènes qui peuvent émerger en improvisation. Mais le problème vient du fait qu’on ne voit quasiment que ça. C’est gênant car on se dit que les improvisateurs deviennent incapables de proposer autre chose.

Vous improviseriez avec lui?

Vous improviseriez avec lui?

Dans le cas du Cercle des Menteurs, cela est à la limite compensé par un très bon jeu d’acteur, et une mise en scène impeccable… même si en sortant du spectacle, j’étais une boule de frustration car je les ai déjà vu improviser des scènes magiques! Mais chez les amateurs, ça devient rapidement l’unique façon de faire de l’impro: être négatif.

Etre positif sur scène, faire une scène avec un personnage positif, c’est plus rare. C’est plus difficile, car cela demande d’avoir le courage de tenir un personnage dont le développement n’obtient pas nécessairement immédiatement les rires du public. Mais c’est aussi plus profitable à l’improvisation. En effet, le conflit, l’enjeu, l’élément disrupteur, le changement de statut, bref, peu importe le mécanisme utilisé, ce dernier aura plus d’impact sur un personnage positif que sur un personnage négatif. D’un point de vue narratif, ça se défend.

Prenons un exemple: un début de scène que j’ai vu ce lundi:

– (Le personnage joint les mains, les porte à ses lèvres, réfléchit un instant et commence la scène) « Casse toi. Juste casse toi. »
Sa partenaire ne dit mot, et est affectée par la remarque.

Un début très négatif. Bien joué, plausible, mais très négatif. Plus tard dans la scène, sa partenaire lui annonce qu’elle pense qu’il est un salaud, qu’elle le déteste aussi, etc… Quel impact cela peut-il avoir? Il ne l’aime déjà pas, en plus c’est un salaud. Elle est négative à son tour, mais au milieu de tout cette négativité, ça a peu d’impact.

Imaginons le début de scène suivant:

– (Le personnage vient de se lever, prend son petit déjeuner. Il est heureux, et profite de l’instant. Il s’adresse à se femme.) « Chérie, j’adore tes oeufs au plat. »
– « Merci mon amour. »
– Etc…

Imaginons, après un silence de bonheur que le mari dise alors:

– « Chérie… Casse-toi. Juste, casse-toi. »

Là, ça a de l’impact. En tout cas beaucoup plus que dans la scène précédente. Commencer positif et être positif permet de donner plus d’impact aux événements sur scène. C’est un schéma de narration de base, qui existe depuis des siècles avec le schéma classique « Il était une fois… » / « Puis un jour… »

Par ailleurs, indépendamment de la structure narrative, ce n’est pas fréquent de voir des scènes avec des acteurs et des personnage simplement heureux d’être là. Juste heureux. C’est rare. Et c’est bon aussi de temps en temps…

Et avec lui?

Et avec lui?

Donc pour conclure, soyons positifs:
1. Cela a aide à construire les histoires, et,
2. Cela donne du relief à la scène qui sortira du lot au milieu de toute la négativité qu’on trouve sur scène et dans nos vies…

Posted in technique, théorie | Tagué: , , , , , , | 15 Comments »