Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

Posts Tagged ‘personnage’

Improvise-t-on comme on vit ?

Posted by bullecarree sur 20 avril 2009

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Clearly, we reproduce life in improvisation, and the characters we play are often created by our own personality. But we have to continue the exploration of the human nature, or we won’t take risk and have no fun anymore.

[fra]

Cela fait maintenant assez longtemps que je me rends compte qu’en impro, nous jouons des personnages qui nous ressemblent. Nous forçons quelques traits de caractères pour donner une contenance à notre création.

C’est d’ailleurs comme ça que les personnages de la commedia dell’arte ont été modelé, à partir d’un caractère. Prenons le Capitan ou Matamore, c’est un soldat fanfaron, vantard mais lâche. Il m’est souvent arrivé de jouer ce personnage. J’ai une complicité rapide avec lui.

el capitan

C’est ainsi que naissent nos premiers personnages. Ils sont proches de nous.

Ce qui est difficile ensuite, c’est de trouver de nouveaux personnages et donc de jouer d’autres caractères humains qui sont moins présent en nous, mais ils y sont. Par exemple, certains comédiens ont dû mal à jouer des personnages sanguins, ceux qui se mettent rapidement en colère. Et si on demande aux comédiens de jouer seulement la colère, ils n’y arrivent pas. Il est vrai que depuis notre enfance, nous avons été amené à censurer nos émotions, dont la colère. Il est difficile de la faire sortir.

Pourtant, être improvisateur, c’est être auteur et aussi acteur. J’ai souvent l’impression que les improvisateurs se focalisent trop souvent sur l’histoire et donc sur leur rôle d’auteur, au détriment du travail d’acteur. C’est vrai qu’il est difficile de ressentir l’émotion surtout si on a pas eu l’habitude de les explorer. Alors pour nous rassurer, nous jouons nos personnages habituels mais à force, nous perdons l’excitation de l’inconnu et nous ne sommes plus surpris.

Cet article est donc pour ceux qui ont dû mal à jouer des émotions et qui voudraient aller plus loin.

Plusieurs méthodes :

  • faire du théâtre « écrit ». Il est plus facile de s’accrocher à un texte pour explorer la nature humaine. Ainsi, inutile de se concentrer sur l’histoire, elle est faite. On a alors tout le temps de découvrir la panoplie des émotions et des caractères.
  • faire des improvisations sans histoires et concentrées sur l’émotion. Mais pour cela, il faut que les improvisations soient longues pour explorer le plus loin possible. Improviser aussi dans un véritable décor pour éviter le mime qui oblige à intellectualiser.

Ceux sont des pistes de travail mais il faut aussi en avoir envie.

Une autre chose que j’ai remarqué, c’est la reproduction hiérarchique. Dans une histoire, nous avons souvent affaire à un duo ou à un groupe. Se crée automatiquement des rapports humains et donc une hiérarchie. Les comédiens prennent également souvent des rôles qu’ils ont l’habitude de jouer sur scène (leader, suiveur) et parfois hors scène (observez-vous).

Il est vraiment important d’essayer de se placer à différentes échelles pour éviter de jouer toujours les mêmes rôles. Johnstone travaille beaucoup avec les statuts, qui transmettent cette idée de « rang » dans une improvisation. Malheureusement, je ne vais pas résumer les 30 pages du livre (Impro for Storytellers) sur ce sujet, mais si vous lisez l’anglais, n’hésitez pas…

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Porter ses personnages comme un manteau

Posted by Ian sur 29 décembre 2008

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« I’d like to see some goddamn integrity on stage. » Del Close

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Neuf fois sur dix, lorsqu’un improvisateur joue une personne âgée, il monte sur scène courbé, mime un déambulateur ou une canne, parle d’une voix exagérément instable et faible, et est presque sourd si ce n’est complètement gâteux. Est-ce à dire que toutes les personnes âgées sont comme ça ? Je ne crois pas. Et pourtant c’est ce stéréotype qui est utilisé dans la majorité des cas, celui du petit vieux handicapé par son age. Quand verrons nous enfin des seniors saints de corps et d’esprit sur scène ? *Hum* Je m’égare…

Je comprends bien le réflexe qui nous pousse à aller dans le stéréotype : obligés de créer des personnages dans l’instant et de clairement faire comprendre qui l’on est aux autres – public et partenaires -, nous nous raccrochons à ces portraits grossiers de personnages. Parfois, l’utilisation de tels stéréotypes est utile. Mais lorsque cela devient un réflexe et que nous devenons incapable de produire autre chose que ces stéréotypes, je me dis qu’il y a un problème.

Est-ce bien, est-ce mal ? Un des critères que j’utilise pour juger si ce que nous faisons sur scène est bon ou mauvais est celui de la peur : faisons nous ce que nous faisons sur scène par choix assumé ou par peur ? Si c’est par peur, en général, les techniques que nous utilisons ne nous servent qu’à cacher un malaise plus profond et nous empêchent d’atteindre notre but : raconter une histoire, divertir, intéresser, jouer ensemble, et en l’occurrence ici, jouer des personnages crédibles.

mamie

Faut pas pousser mémé dans les orties, quand même…

Souvent, nous portons nos personnages comme des armures, parce que nous avons peur. Le stéréotype du petit vieux quasiment sourd et incapable de se déplacer est souvent un moyen pour l’improvisateur de se protéger. Incapable d’entendre, il ne lui est plus nécessaire d’accepter les propositions des autres, de se jeter en avant dans la construction de la scène et de faire avancer l’histoire. Et les déplacements lents du personnage permettent au joueur d’avoir le temps de « trouver une idée » au milieu de la scène s’il en a besoin.

Alors que notre capacité d’écoute et notre capacité à réagir sont essentielles sur scène à nous autres improvisateurs, les personnages que nous portons comme des armures, comme celui du petit vieux, ne nous permettent justement pas de remplir nos devoirs sur scène. En clair, nous nous en servons pour nous protéger.

Keith Johnstone n’aborde quasiment pas la question des personnages. Il se concentre plutôt sur l’acteur et propose tout un tas de techniques pour améliorer le jeu d’acteur, dont le profond travail sur le masque qu’il aborde dans Impro. Je ne détaillerai pas ici ces techniques (peut-être dans d’autres articles…), je vous renvoie à ses livres. Mais ce qui ressort à la lecture de ses livres ou lorsqu’on assiste à ses ateliers, c’est qu’il pousse essentiellement à la sincérité sur scène. En atelier, lorsqu’il propose des exercices, il demande surtout aux gens « d’être normaux.«  Lors d’un atelier, il nous disait qu’un conseil que donnent souvent les acteurs plus expérimentés aux plus jeunes est de « ne pas jouer ! » (« Don’t act ! »).

Del Close dit à peu près la même chose, il me semble (mais de manière plus violente). Dans Guru : My days with Del Close de Jeff Griggs, on peut lire ces propos qui lui sont attribués :

I’d like to see some goddamn integrity on stage. Are we so incompetent and unenlightened that we can’t elevate ourselves to have some sort of dignity when we perform? You have to treat your scene partners like artists and poets. When you lower yourself to play retards and obese people, you pander to the audience and you insult your scene partner, the audience and me.

All of these big, broad, ridiculous characters have to stop. You should wear your characters like a thin veil. It should be an extension of you. We’re interested in creating honest and sincere characters. These characters will certainly have quirks and blemishes, but we’re here to celebrate those, not ridicule people for having them.

Ce que je traduis par:

J’aimerais voir un peu de putain d’intégrité sur scène. Sommes nous si incompétents et si peu inspirés que nous ne pouvons pas nous élever à avoir un peu de dignité lorsque nous jouons ? Vous devez traiter vos partenaires comme des artistes et des poètes. Lorsque vous vous abaissez à jouer des demeurés et des gens obèses, vous cédez au public et vous insultez votre partenaire, le public et moi.

Tous ces personnages gros, larges, ridicules doivent cesser. Vous devez porter vos personnages comme on porte un voile fin. Ils devraient être une extension de vous. Nous cherchons à créer des personnages honnêtes et sincères. Ces personnages auront certainement des bizarreries et des imperfections, mais nous sommes là pour les célébrer, pas pour ridiculiser les personnes qui les ont.

Dans le paragraphe suivant, on peut lire ces propos de Bill Murray :

I wear my characters like a trench coat. […] That is what Del taught. Roles are really you underneath.

Ce que je traduis par:

Je porte mes personnages comme on porte un imperméable. […] C’est ce que nous enseignait Del. Les rôles sont en fait juste vous en dessous.

Del insiste sur le fait que de tels personnages sont insultants pour le public et nos partenaires. Insultants pour le public, car nous préférons obtenir un rire facile avec un stéréotype alors qu’on pourrait très bien présenter des personnages plus humains, qui poussent le public à l’identification et à la réflexion. Insultants pour nos partenaires car ces gros personnages mal taillés sont souvent une excuse pour nous enfermer dans notre monde et ne pas écouter les propositions de l’autre.

Ne portons pas nos personnages comme des armures, mais comme de simples manteaux. Le personnage pourra alors se nourrir des réactions de la personne qui se trouve en dessous et semblera alors plus crédible, plus juste, plus humain.

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