Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

Posts Tagged ‘principes’

Accrochez-vous à vos principes!

Posted by Aurélie Delahaye sur 24 novembre 2008

[eng]

Improv is made of lots of principles. When you’re on stage, catch on to the one that drives you, it should be your goal. Do you want a clue? It could be a principle that drives you in the « real life ».

[fra]

J’ai pris conscience d’une chose (je le savais déjà un peu, mais cette fois j’en suis sûre, et j’ai compris que c’était important) : en improvisation, je suis bonne quand je sens que les autres ne le sont pas, ou le sont moins. Il y a quelques années, lors de matchs étudiants, j’avais réussi à me faire remarquer lorsque mon équipe était essentiellement constituée d’improvisateurs encore plus débutants que moi (ou qui avaient moins progressé en tout cas). Et cette année, je viens d’intégrer un cours de théâtre, nous y faisons des exercices d’improvisation que personne ne connaît, car personne n’a jamais fait d’improvisation, et je me surprends à ne faire que de bonnes scènes. Mon partenaire est content, ma prof est impressionnée, je suis fière, les spectateurs ont l’air de prendre du plaisir… Zuper ! Pourtant, lorsque je suis avec ma troupe, qui n’est pas débutante, il m’arrive moins souvent de faire de si bonnes choses. Donc, j’ai réfléchi à tout cela, et j’ai compris quelque chose : sur scène, il faut s’accrocher au principe qui nous meut et en faire son objectif.

Je reprends. Si je suis meilleure en présence de débutants, c’est parce que :

  • Je sais que mon partenaire va être dans l’embarras car il ne sait pas vraiment improviser. Or, j’aimerais bien qu’il se sente bien, donc je vais lui rendre la tâche plus facile et l’aider, afin qu’il s’impressionne lui-même en faisant une bonne scène.
  • Je pense au public : si je le laisse face à cet improvisateur, il risque de s’ennuyer. Or, j’aimerais bien le combler!

Si on résume, je souhaite « make my partner look good » (= faire briller mon partenaire, principe Johnstonien), et je souhaite apporter à la scène. Une fois que j’ai ça en tête, je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai plus peur et je prends des risques. Je ne me juge pas, je n’ai pas le temps puisque je suis concentrée sur cet objectif, et le reste vient. Bien sûr, tout ne viendrait pas si je ne connaissais pas l’impro, je me suis entraînée et m’entraîne aux principes et aux mécanismes de l’impro. Mais vous avouerez qu’on a beau s’y entraîner, les appliquer sur scène est une autre histoire.

Alors pourquoi, lorsque je suis avec des improvisateurs que je considère comme bons, je n’arrive pas à cela? Parce que les principes de « servir la scène » et de « faire briller mon partenaire » ne me viennent pas de suite à l’esprit. Non, parce qu’a priori, il n’y a pas de besoin urgent. Alors je suis occupée à servir d’autres objectifs. Je me dis: « oh la la, il faut que j’accepte, que je construise, que je prenne des risques, que je ne fasse pas de confusion, que je ne retarde pas le jeu, que j’écoute que j’écoute, que je retienne, que j’avance… ». Je me mets un peu la pression, c’est ça. Je me dis qu’il faut que mes partenaires et le public me trouvent à la hauteur. Et ça ne marche pas du tout. Certains improvisateurs ont comme leitmotiv « je veux que les gens m’aiment », qu’on peut (si on veut) rapprocher de ce que Johnstone dit : « faîtes en sorte que le public aie envie de vous mettre dans son lit à la fin de la représentation », et ça leur réussit très bien. Si moi, Lily, je suis ce conseil, je cours à la catastrophe! Même si au final, j’ai aussi envie que le public m’aime, il faut juste que ça ne soit pas mon but, parce qu’il ne m’aide pas à avancer.

Ma conclusion donc, c’est que maintenant, au lieu de penser aux 10 000 principes de l’impro, et au lieu de me fixer des objectifs qui ne m’aident pas, avant d’entrer sur scène je vais me concentrer sur les principes qui me meuvent et m’aident à être spontanée et meilleure. Même dans les moments où je suis avec des improvisateurs que je trouve bons. « Sers ton partenaire et sers la scène » sera ma nouvelle devise, quoi qu’il arrive. Après tout, ça n’est pas parce que les autres sont bons qu’ils n’ont pas besoin de moi. Et je vous invite à en faire autant. Non, pas avec les mêmes principes (et d’ailleurs votre objectif peut ne pas être un principe d’impro, mais j’ai le sentiment que si ça l’est, c’est encore plus fort). Trouvez votre devise. Si vous voulez un indice, sachez qu’elle n’est pas difficile à trouver si vous regardez un peu du côté de votre vraie vie. La réponse y est (j’aurais dû m’en douter!).

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Mes pauvres cadavres…

Posted by impronabla sur 13 octobre 2008

[eng]

Beware of the rules and principles in improvisation! We have to know where they come from, how to use and teach them, but most importantly: when and how not to respect them. This is the rule of the rules.

[fra]

Mick Napier parle très bien de ce sujet au début de son très bon livre « Improvise – Scene from the Inside Out« .

Voici globalement ce que j’ai retenu de cette partie (même si oui, je romance un peu ici) :

Un beau jour de printemps, un couple d’improvisateurs a fait une scène. La scène était ratée. Après analyse, le jeune couple s’est rendu compte qu’ils avaient posé beaucoup de questions dans cette scène. Ils en ont déduit fort justement que poser des questions pouvaient nuire à la construction d’une belle histoire. Bien sûr, ce couple était intelligent et savait que parfois, poser des questions, même un grand nombre de questions, pouvait conduire à une bonne scène.

Seulement voilà, les humains aiment les concepts, les notions, les dogmes… surtout quand il s’agit de partager (d’enseigner ?) ces réflexions. Ainsi, les personnes qui ont assisté à cette scène et à la réflexion qui s’en est suivie ont simplement assimilé cette règle : PAS DE QUESTION.

De nombreuses règles ont été édictées de cette façon : quelque chose ne marche pas, donc, en préconisant le contraire, on a plus de chances que ça marche.

Et pourquoi pas ? Sauf qu’il faut rester au niveau du nombre de chances, au niveau des statistiques, mais ne pas les ériger en règle absolue. Sinon, on se prive de nombreuses situations et émotions, comme la femme trompée qui demande à son mari où il a passé la dernière nuit. Si elle lui pose la question, nous pourrons voir un mari tentant de mentir ou faire preuve de mauvaise foi. Si elle lui dit ‘je sais où tu étais hier’, il n’a plus cette possibilité.

Voici un autre exemple, que Mick Napier n’aurait pas pu imaginer car il ne connait pas le format match :

Sylvie et Martine (deux joueuses assez inexpérimentées) font un match d’improvisation, dans deux équipes différentes : les Sylvimpros et les Martifuns. Le thème de la prochaine mixte est ‘Arthur est un chameau’. Chez les Sylvimpros, le caucus précise que Sylvie est un responsable de cirque venant d’acheter un chameau. Chez les Martifuns, Arthur est simplement une peau de vache qui vient de virer sa mère de chez elle (Martine). La scène commence. Sylvie traîne une laisse et parle à Arthur, qu’elle essaye de dresser. Martine sent bien qu’elle va avoir du mal à intégrer son caucus à l’histoire qui vient de se créer. Elle essaye du mieux qu’elle peut, mais n’y parvient pas vraiment. Martine se sent mal. A la fin du match, elle en parle à son coach qui se dit que quand même, Sylvie a introduit trop vite l’idée du chameau et que Martine n’a pas vraiment eu sa chance. Sylvie a imposé son idée. Pour faciliter les prochains matchs de Martine (au lieu de l’aider à s’inspirer de n’importe quoi), le coach décide de se servir d’une règle qu’il a lue dans un bouquin sur le match… la rudesse. Sylvie a sans doute commis cette faute, car c’était rude de sa part de mettre Martine en danger.

Depuis, cette idée s’est répandue et la rudesse est l’une des fautes les plus ‘remarquées’ des jeunes improvisateurs. Dès qu’ils se sentent mal en effet, c’est à cause d’une faute de rudesse. L’autre équipe n’a pas accepté de jouer avec eux et c’est bien dommage…

Par réaction et pour ne pas commettre cette faute, une règle a été érigée : NE PAS IMPOSER SON IDEE.

Ici, une règle a été édictée pour ‘faciliter’ le travail des joueurs débutants (i.e. pour les empêcher de prendre des risques ou des initiatives).

Du coup, certains considèrent maintenant que commencer une scène en disant ‘Bonjour Maman !!’ est une rudesse car l’on impose à son/sa partenaire de jouer une mère alors qu’elle aurait peut-être voulue être un dinosaure sortant de chez la manucure. Pire, une bonne trentaine de secondes sont perdues au début de presque chaque improvisation, parce qu’il faut d’abord savoir ce que l’autre a envie de faire avant de commencer la scène (d’ailleurs, après ces trente secondes de presque vide, quelqu’un va bien devoir ‘imposer’ son idée… mais après trente secondes, il semble que cela ne soit plus une faute… Va comprendre Charles).

Bref, attention aux règles et principes. Il faut savoir les remettre en question de temps en temps, comprendre d’où ils viennent, et les utiliser à bon escient (surtout lorsqu’on les enseigne !). En effet, a trop vouloir respecter les règles, on en arrive à des aberrations totales.

Si vous ne me croyez pas, voici un extrait de scène à laquelle j’ai eu la ‘chance’ d’assister :

Joueur A :        (fort statut, le général d’une armée quelconque après la bataille)
Soldat, allez enculer les cadavres !
Joueur B :        (soldat un peu faible d’esprit)
Nn…. geeffrr… dnde… mais…… euh…. ok

Bien sûr, le joueur A a clairement fait une (vraie) rudesse ici, mais le joueur B, ancré dans sa volonté de respecter le principe DE L’ACCEPTATION, a juste accepté de faire quelque chose qu’il ne souhaitait pas faire. Je ne peux alors que me demander où est le principe de plaisir ici. Mes pauvres cadavres, vraiment…

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