Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

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L’impro, discipline versatile

Posted by Yvan_R sur 15 juin 2008

[eng]

What the audience wants in an improv show. Why spontaneity is spectacular. Who « God » really is.

[fra]

Quand je présente l’impro à de nouveaux élèves, je leur met la pression avec la prochaine échéance du spectacle. Je leur annonce tout simplement les besoins du public: le spectateur paie pour venir nous voir, et il paie pour être intéressé.

– Et qu’est-ce qui l’intéresse, le spectateur?

– Il y a plusieurs choses qui intéressent le public. Tout d’abord, l’émotion: à court terme, le spectateur veut être être ému: rire, pleurer, avoir peur, être surpris. À un deuxième niveau, il regarde un spectacle d’impro comme il assisterait à un numéro de cirque difficile et dangereux. L’improvisation théâtrale fonctionne donc sur deux plans différents: au premier degré, c’est un spectacle dramatique; au deuxième degré, c’est une performance artistique qui comporte des risques.

– Des risques? C’est quoi, les risques en impro?

– Les risques en impro, c’est se retrouver seul sur l’aire de jeu avec une contrainte de spectacle qui fait qu’on doit inventer un monologue en vers avec un personnage imposé et un thème à placer. À ce moment, l’impro devient performance artistique: le spectateur n’est intéressé ni par l’histoire, ni par le travail du personnage, ni par l’émotion de la scène: l’impro devient un défi créatif et n’a plus grand chose à voir avec le théâtre classique. L’impro est donc une discipline versatile: un peu comme les spectacles de cirque scénarisés, où l’histoire et l’émotion prend parfois le pas sur la performance acrobatique. On retrouve ça avec la musique classique: lorsque vous assistez à une prestation époustouflante d’un pianiste virtuose, vous êtes plutôt ébahis par la technique de l’instrumentiste ou captivés par l’émotion de la partition?

– Un peu des deux, je suppose.

– C’est exactement ce qui se passe avec un spectacle d’impro. Avec l’expérience, on constate que la représentation doit agréablement équilibrer les deux éléments: on imagine assez péniblement un concert classique de deux heures exclusivement animé par des acrobaties techniques. Comme les musiciens, les improvisateurs s’efforcent de proposer un peu d’émotion.

– Comment vous faites, concrètement?

– Nous racontons des histoires. Ça, c’est un besoin dont les spectateurs doivent être rassasiés: la grande Histoire nous montre que l’être humain a toujours cherché sa dose de fiction quotidienne. Des mythes préhistoriques sur les murs de Lascaux jusqu’aux épopées antiques sur des colonnes de marbre; des poèmes des troubadours jusqu’aux sitcoms hebdomadaires: l’Humain et un junkie de la narration. C’est pour ça qu’on enseigne à nos improvisateurs les recettes narratives qui ont fait leurs preuves: le plan quinaire de construction du récit, le schéma actantiel, les archétypes de personnages, les statuts et tout le bla bla des structuralistes.

– Et ça suffit à faire un bon spectacle?

– Si l’histoire est bonne, si la performance d’improvisation est au rendez-vous… Il ne manque plus qu’une bonne équipe qui travaille ensemble et quelques bons fous rires.

– J’ai cru que l’improvisateur modèle ne devait pas rechercher les rires du public.

– Keith Johnstone a écrit quelque part que le théâtre d’improvisation était une forme essentiellement comique. Ce qu’il faut comprendre ici, c’est que l’improvisateur doit seulement s’occuper de raconter une histoire et d’incarner son personnage. L’humour suivra.

– Pourquoi? Est-ce que tous les improvisateurs sont forcément drôles?

– C’est plutôt un problème chez eux: les improvisateurs s’habituent trop vite à aller chercher les rires des spectateurs. C’est normal: les rires du public, c’est gratifiant, c’est rassurant, mais ça peut épuiser une soirée. Combien de spectacles dont les débuts prometteurs laissent place à une deuxième partie décevante? Les spectateurs sont fatigués de rire, tout simplement. Il leur faut une autre émotion.

Quand Johnstone dit que l’impro est une forme essentiellement comique, il touche aussi à un niveau plus profond, plus intime: pour être créatifs, les improvisateurs abandonnent une bonne partie de leurs inhibitions. Le spectateur s’identifie un peu à ça; le public rit de voir un autre humain se libérer de ses peurs et de ses limites pour faire le clown sur scène; l’improvisateur est parfois une catharsis, il « fait semblant d’être fou », alors que c’est plutôt le spectateur qui est fou d’être aussi inhibé.

Là où l’impro devient essentiellement comique, c’est lorsque les improvisateurs sont à tel point désinhibés qu’ils accèdent immédiatement à leur inconscient créatif, leur « ça » pour les freudiens. Je ne saurais pas très bien vous dire pourquoi, mais les spectateurs adorent voir des acteurs dans cet état de transe bestiale. C’est la même chose qui nous attire devant Charlot, Harpo Marx où l’écureuil Scrat: leurs facéties exhibent cette part de fou joyeux qui someille en nous.

– De l’émotion, de l’histoire et de la création, c’est ça que viennent voir les spectateurs?

– Oui. Pour faire plus court, vous retrouvez tous les éléments dans la formulation même « théâtre d’improvisation »: le récit et l’émotion correspondent à la dimension théâtrale; la performance artistique est liée à l’improvisation; enfin, il y a cette plus-value essentielle, ce petit plus du théâtre d’impro, qui consiste en la réunion des deux premiers éléments: Homère improvise devant vous, Esope crée ses fables en direct. Le public assiste à une création pure par une équipe de joyeux fous omnipotents: et s’il fallait voir ici quelque chose de divin?

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Pourquoi ce blog?

Posted by Ian sur 8 avril 2008

[eng]

Three french improvisers unite to create this blog which will aim at offering insights on other schools of improvisation to the french improv community. We’d like this blog to be about improv-related research, and to help foster a revolution in the francophone improv world. And that’s the reason why we called it « Le Caucus », in addition to the explicit reference to the famous french format « Le Match ».

[fr]

D’une part, parce qu’on en avait envie. Trois improvisateurs qui partagent un peu les même idées sur l’impro ont souhaité se réunir pour écrire ensemble, chercher, partager, proposer… Un échange collectif qui souhaite contribuer à une recherche sur l’improvisation.

Mais aussi d’autre part, à cause du constat que l’improvisation francophone, du moins, celle que nous voyons, est très (trop?) tournée sur elle-même. Qu’elle ne soutient plus les idéaux de partage, de plaisir, de dépassement, de sincérité, de spontanéité, de courage que nous pensons intrinsèques à cette discipline, à cet art. Et qu’elle pourrait très largement bénéficier d’une exposition plus grande à d’autres théories, d’autres approches, d’autres pratiques: une proposition qui fait échos à l’article et aux réactions suscitées sur mon blog ici.

En clair, nous vous proposons une recherche sur l’improvisation, qui souhaite contribuer à une révolution de l’improvisation francophone que nous appelons de nos vœux…

Pourquoi Le Caucus?

Premièrement, pour la référence au terme directement tirée du Match d’Improvisation. La très grande majorité des improvisateurs francophones pratique le Match et nous nous adressons à eux, parmi d’autres.

Deuxièmement, car le terme caucus renvoie à une notion de concertation sur l’orientation d’un groupe. Wikipedia nous dit:

À l’origine, un caucus était une réunion de personnes dont l’objectif était de promouvoir un changement de politique ou d’organisation.

Et c’est exactement ce que nous souhaitons faire.

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