Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

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Il y a quelque chose qui cloche dans le Match d’Impro…

Posted by Ian sur 13 juin 2008

[eng]

« Le Match d’Impro » has some specifities like the « Mixte » impro, where teams mix up to create scenes together. What seemed like a good idea in fact rarely works.

[fra]

Je n’arrive pas à me faire au Match d’Impro. Malgré ma dernière visite que j’avais moyennement appréciée, je suis retourné à la LIFI l’autre soir pour assister à la Finale. J’ai décidé d’y aller car nous avons en ce moment au sein de la troupe Eux un improvisateur invité venu de Chicago avec qui nous travaillons. Je n’étais pas particulièrement enthousiaste à l’idée de l’emmener voir un match, mais je voulais l’emmener voir de l’impro typiquement française, et le Match d’Impro reste le format le plus pratiqué ici. L’emmener voir des professionnels, c’était aussi lui montrer ce qui se fait de mieux, dans des conditions que peut d’équipes peuvent se permettre: salle prestigieuse, décorum impeccable, supporters nombreux (la salle était pleine)…

Qu’est-ce qui est constitutif du match? Après une discussion houleuse sur le forum d’Impro France, j’en suis arrivé à la conclusion que l’improvisation « Mixte » est l’élément constitutif du Match d’Impro. Le TheaterSports et le ComedySportz, deux formats compétitifs d’Amérique du Nord, possèdent aussi le décorum d’une compétition sportive. Mais, à ma connaissance, les équipes ne se mélangent pas pour improviser ensemble (ou rarement lors d’un spectacle). Alors que dans le match, la Mixte a une place de choix. Pour beaucoup, c’est en Mixte qu’on « improvise vraiment » car on ne peut pas se reposer sur son caucus, et que la présence de gens avec qui on n’improvise pas d’habitude rend leurs réactions imprévisibles.

Et pourtant, c’est de là que vient un comportement bizarre du Match. Comme dans beaucoup de formats compétitifs, le public vote pour l’impro qu’il a préféré. Le problème vient des critères sur lesquels le public juge l’improvisation. Chacun est capable de dire si une scène est bonne ou non. Personnellement, je pense que les scènes qu’on présente au public sont souvent si mauvaises qu’on apprend au public non pas à apprécier une bonne scène, mais plutôt à apprécier les éléments dans cette scène qui vont le faire rire: gags, cabotinages (souvent sexuels), jeux de mots, et bataille pour le pouvoir. Autant les gags, les cabotinages, les jeux de mots ne sont pas plus présents en Match d’Impro qu’ailleurs, autant je pense que la bataille pour le pouvoir et la recherche du contrôle sont fortement renforcés par les improvisations mixtes en Match d’Impro.

Après une Mixte, le public vote souvent pour l’équipe qui a « dominé » l’impro: ceux qui ont eu les statuts les plus forts, ceux qui parlent le plus fort, ceux qui s’imposent physiquement sur scène (par la violence ou le surnombre), ceux dont les idées sont suivies (par choix ou par nécessité). Parfois, on suit les choix de l’improvisateur qui va faire les meilleures propositions, ce qui est positif, mais rare. En effet, pour « obtenir le point » l’équipe tente souvent de contrôler l’impro. Le Match d’Impro renforce donc ce comportement, qui est pourtant déjà une difficulté à surmonter lorsqu’on improvise tout court: lâcher le contrôle n’est pas facile.

Je l’avais déjà souligné dans mon précédent billet: il y a une peur de lâcher le contrôle. Mais c’est mon invité qui me l’a fait remarquer concrètement. Les improvisateurs que nous avons vu à la finale ne disaient pas « Oui, et… » mais disaient constamment « Oui, mais… » C’est pratique: ça donne l’impression qu’on accepte, mais en fait pas vraiment. On dit « Oui » par convention, et notre cerveau fonctionne à plein pour expliquer pourquoi ça ne va pas marcher. C’est un moyen très élégant de garder le contrôle. Et c’est particulièrement triste, car alors qu’on voudrait voir les improvisateurs prendre des risque, le format valide ce genre de comportement en récompensant l’équipe qui est la plus experte à ce jeu-là.

Arrêtons de dire « Oui, mais… », essayons de dire « Oui, et… » et alors notre improvisation s’améliorera. Le public n’aura plus alors à se rattacher aux gags, cabotinages, jeux de mots et luttes pour le pouvoir. Peut-être alors qu’à nouveau il ne saura plus pour qui voter en mixte, non pas parce que c’était si mauvais, mais parce que c’était si bon…

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