Le Caucus

L’impro dans les grandes lignes…

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Les Métarègles

Posted by bullecarree sur 7 février 2011

[eng]

Are there any rules in improvisation ? Everybody is looking for them. Some books tell about them but can we reach the ultimate truth ?

[fr]

Y a t’il des règles en impro ? Une question que tout improvisateur s’est posé et se pose encore. Mick Napier dans son livre « Improvise scene from the inside out » en nomme quelques une que vous reconnaitrez sûrement :

  • ne dites pas non
  • ne posez pas de question
  • ne dites pas ce que vous êtes déjà en train de faire
  • etc…

Pourtant, Napier considère que ces « lois » ne sont en aucun cas des gages de qualité d’une improvisation. Une impro peut suivre ces « lois » et être mauvaise. Inversement, une improvisation peut être réussie alors qu’elle n’a respecté aucune de ces règles. Il n’est pas le seul à remettre en cause ces règles, moi le premier.

Alors à quoi servent ces règles ? Et bien, elles sont très pratiques pour l’apprentissage des débutants. Je vais essayer ici de le démontrer.

Dire oui :

Accepter toutes propositions a le mérite d’accentuer l’écoute et la mémorisation. Ainsi dire oui permet de dire à l’autre, j’ai bien reçu ta proposition et je l’accepte, continuons sur cette piste. Bien sûr, dire oui peut amener à des situations totalement absurdes, comme quelqu’un qui serait menacé par un flingue et accepterait donc de mourir. On ne peut donc pas provoquer de tension. Mais il faut quand même passer par là pour apprendre à écouter.

Ne pas poser de question :

Une question demande toujours une réponse. La question est donc une réponse mais avec du retard. Ne pas poser de question force la proposition directe et oblige à prendre des responsabilités de construction (au lieu que ce soit les partenaires qui répondent à la question). On prend ainsi la position du leader. Bien sûr, la question reste utile pour clarifier ou apporter une saveur à son personnages (imaginez un enfant qui ne peut poser aucune question). Mais il faut quand même passer par là pour apprendre à proposer.

Ne dites pas ce que que tu es déjà en train de faire :

Faire, c’est agir visuellement, et c’est surtout agir. Les actions sont toujours des propositions plus fortes et plus solides que la parole. L’énergie est plus tangible. Je compare les actions à des écritures et comme les paroles s’envolent, les écrits eux restent… Bien sûr, les paroles sont utiles mais il faut quand même passer par là pour apprendre à construire activement (oui, oui, je me répète).

Alors pourquoi ces règles sont elle décriées ? Parce qu’elles ont été perçu comme des contraintes universelles, alors qu’elles ne sont que des contraintes d’exercice. Ces règles sont souvent utiliser pour les débutants. Elles servent de repère et permettent de se concentrer sur des principes simples qui sont l’écoute et la proposition. Ce qui dérange, c’est que comme on progresse, on se rend compte que ces règles sont désuettes et on a donc l’impression d’avoir été manipulé, voire d’avoir appris des règles qui s’avèrent fausses.

Ca me rappelle les maths avec les racines carrées. Au départ, on apprend les racines des nombres carrés (9, 25, 36,…), puis après on apprend que les racines existent pour tous les nombres mais uniquement positifs, jamais les nombres négatifs, grand malheureux. Mais un jour, on apprend que c’est possible de faire la racine carrée de nombres négatifs ! QUOI ! Ah les saligauds de prof de math, ils nous ont menti en nous interdisant de faire la racine carrée de -15.

Cependant, aucun prof de math aurait pu nous enseigner les nombres complexes.

Une fois que ces repères sont acquis, on peut les enlever et passer à d’autres plus complexe. C’est comme les racines carrées, on apprend pas à pas.

C’est pourquoi ces règles sont importantes mais ne sont pas à prendre comme les commandements sacrés de l’improvisation. Alors vous pouvez les remettre en question et généralement ça ne vous arrivera que quand vous les aurez intégrées, c’est à dire quand vous aurez franchi une étape. C’est bon signe !

La règle universelle

Einstein tirant la langue

Existe t’elle ? Impossible. Einstein a cherché toute sa vie une règle qui régirait l’univers entier mais il n’a pas réussi et les autres chercheurs après lui non plus. Ce que chercherait tout improvisateur, ça serait donc, comme Einstein, de trouver une règle globale ? Utopie, car cette règle reviendrait ni plus ni moins à maîtriser le hasard, l’inconnu pour que l’impro soit réussie. Mais c’est impossible puisque l’inconnu est l’essence même de l’impro. On peut maîtriser le hasard en mettant en place des contraintes mais ça ne sera toujours que des béquilles.

Non, il faut progresser étape par étape. Imposer des repères pour commencer et en mettre de moins en moins par la suite. De toute façon, il y aura toujours des contraintes : temps, public,… mais il faut bien partir de contraintes simples, de métarègles, pour apprendre.

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Mes pauvres cadavres…

Posted by impronabla sur 13 octobre 2008

[eng]

Beware of the rules and principles in improvisation! We have to know where they come from, how to use and teach them, but most importantly: when and how not to respect them. This is the rule of the rules.

[fra]

Mick Napier parle très bien de ce sujet au début de son très bon livre « Improvise – Scene from the Inside Out« .

Voici globalement ce que j’ai retenu de cette partie (même si oui, je romance un peu ici) :

Un beau jour de printemps, un couple d’improvisateurs a fait une scène. La scène était ratée. Après analyse, le jeune couple s’est rendu compte qu’ils avaient posé beaucoup de questions dans cette scène. Ils en ont déduit fort justement que poser des questions pouvaient nuire à la construction d’une belle histoire. Bien sûr, ce couple était intelligent et savait que parfois, poser des questions, même un grand nombre de questions, pouvait conduire à une bonne scène.

Seulement voilà, les humains aiment les concepts, les notions, les dogmes… surtout quand il s’agit de partager (d’enseigner ?) ces réflexions. Ainsi, les personnes qui ont assisté à cette scène et à la réflexion qui s’en est suivie ont simplement assimilé cette règle : PAS DE QUESTION.

De nombreuses règles ont été édictées de cette façon : quelque chose ne marche pas, donc, en préconisant le contraire, on a plus de chances que ça marche.

Et pourquoi pas ? Sauf qu’il faut rester au niveau du nombre de chances, au niveau des statistiques, mais ne pas les ériger en règle absolue. Sinon, on se prive de nombreuses situations et émotions, comme la femme trompée qui demande à son mari où il a passé la dernière nuit. Si elle lui pose la question, nous pourrons voir un mari tentant de mentir ou faire preuve de mauvaise foi. Si elle lui dit ‘je sais où tu étais hier’, il n’a plus cette possibilité.

Voici un autre exemple, que Mick Napier n’aurait pas pu imaginer car il ne connait pas le format match :

Sylvie et Martine (deux joueuses assez inexpérimentées) font un match d’improvisation, dans deux équipes différentes : les Sylvimpros et les Martifuns. Le thème de la prochaine mixte est ‘Arthur est un chameau’. Chez les Sylvimpros, le caucus précise que Sylvie est un responsable de cirque venant d’acheter un chameau. Chez les Martifuns, Arthur est simplement une peau de vache qui vient de virer sa mère de chez elle (Martine). La scène commence. Sylvie traîne une laisse et parle à Arthur, qu’elle essaye de dresser. Martine sent bien qu’elle va avoir du mal à intégrer son caucus à l’histoire qui vient de se créer. Elle essaye du mieux qu’elle peut, mais n’y parvient pas vraiment. Martine se sent mal. A la fin du match, elle en parle à son coach qui se dit que quand même, Sylvie a introduit trop vite l’idée du chameau et que Martine n’a pas vraiment eu sa chance. Sylvie a imposé son idée. Pour faciliter les prochains matchs de Martine (au lieu de l’aider à s’inspirer de n’importe quoi), le coach décide de se servir d’une règle qu’il a lue dans un bouquin sur le match… la rudesse. Sylvie a sans doute commis cette faute, car c’était rude de sa part de mettre Martine en danger.

Depuis, cette idée s’est répandue et la rudesse est l’une des fautes les plus ‘remarquées’ des jeunes improvisateurs. Dès qu’ils se sentent mal en effet, c’est à cause d’une faute de rudesse. L’autre équipe n’a pas accepté de jouer avec eux et c’est bien dommage…

Par réaction et pour ne pas commettre cette faute, une règle a été érigée : NE PAS IMPOSER SON IDEE.

Ici, une règle a été édictée pour ‘faciliter’ le travail des joueurs débutants (i.e. pour les empêcher de prendre des risques ou des initiatives).

Du coup, certains considèrent maintenant que commencer une scène en disant ‘Bonjour Maman !!’ est une rudesse car l’on impose à son/sa partenaire de jouer une mère alors qu’elle aurait peut-être voulue être un dinosaure sortant de chez la manucure. Pire, une bonne trentaine de secondes sont perdues au début de presque chaque improvisation, parce qu’il faut d’abord savoir ce que l’autre a envie de faire avant de commencer la scène (d’ailleurs, après ces trente secondes de presque vide, quelqu’un va bien devoir ‘imposer’ son idée… mais après trente secondes, il semble que cela ne soit plus une faute… Va comprendre Charles).

Bref, attention aux règles et principes. Il faut savoir les remettre en question de temps en temps, comprendre d’où ils viennent, et les utiliser à bon escient (surtout lorsqu’on les enseigne !). En effet, a trop vouloir respecter les règles, on en arrive à des aberrations totales.

Si vous ne me croyez pas, voici un extrait de scène à laquelle j’ai eu la ‘chance’ d’assister :

Joueur A :        (fort statut, le général d’une armée quelconque après la bataille)
Soldat, allez enculer les cadavres !
Joueur B :        (soldat un peu faible d’esprit)
Nn…. geeffrr… dnde… mais…… euh…. ok

Bien sûr, le joueur A a clairement fait une (vraie) rudesse ici, mais le joueur B, ancré dans sa volonté de respecter le principe DE L’ACCEPTATION, a juste accepté de faire quelque chose qu’il ne souhaitait pas faire. Je ne peux alors que me demander où est le principe de plaisir ici. Mes pauvres cadavres, vraiment…

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